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Se dit de la rencontre fortuite sur une table de dissection d'une machine à coudre et d'un parapluie...

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Europe(s)

En ce lundi 26 mai, une couverture nuageuse sombre, et lourde de promesses humides, recouvre la capitale. Si bien que le jour peine à transpercer cette couche profonde, et que règne une lumière crépusculaire. On est loin de l’image idéale d’un été qui devrait s’annoncer radieux, mais, pour une fois, la météo semble rendre hommage aux titres des journaux.

A l’heure où j’écris ces lignes, il est fort probable que, comme moi, vous vous sentiez déjà lassé des innombrables commentaires au sujet des résultats des élections européennes. Une avalanche de superlatifs, de conclusions hâtives, et de chiffres que l’on livre sans contexte aux affres d’un jugement spécieux et précaire. Comme il est fort probable également que vous ne faites pas partie de ceux qui ont glissé dans l’urne un bulletin frappé de l’oriflamme bleu marine. Mais de ce fait, je ne présume pas. Impossible donc d’ouvrir son journal, d’écouter la radio ou d’allumer sa télévision sans échapper à cette chronique qui pourtant fut annoncée de longue date.

Les commentaires sont comme les feuilles que le vent d’automne détache des arbres, et de la même manière que l’on ramasse ses feuilles à la pelle pour les mettre au feu, on attribue aux commentaires la même valeur. Ils n’apportent rien aux faits, et ne font bien souvent que les rendre encore plus abscons, illisibles, entachés de demi-idées, idées elle-même incorrectement formulées ou comprises. Et ce qui vaut pour les journaux vaut pour ce que je pense de ces résultats. Alors je m’abstiendrai, et rejoins en ce sens dans le silence ceux qui n’ont pas jugé utile de se présenter au bureau de vote.

Seul compte les mots qui réparent, les mots qui changent le tissu même de la réalité. Et ces mots-là ne sont pas légion.

À bien des égards, je suis un pur produit de cette mondialisation, qui semble aujourd’hui poser tant de problèmes. Je suis né à Casablanca, j’ai étudié en France, vécu en Angleterre et en Chine, et aujourd’hui travaille pour une entreprise Américaine sur un produit dont une majorité de clients sont Asiatiques. De la mondialisation, j’en connais tous les rouages, ce qu’elle apporte, comme ce qu’elle coute. Aux premières loges, je vois les flux de capitaux, de biens, de personnes et d’idées, comment elles interfèrent les unes avec les autres, comment elles fécondent les terres arides, ou comment elles assèchent les ressources d’ici pour accroitre les richesses de là-bas.

Ne vous y trompez pas. Ceux qui en bénéficient ne sont probablement pas ceux que vous pensez.

Ma conviction profonde, c’est qu’il n’y a que deux échelles absolues pour comprendre le monde : l’individu d’une part, l’humanité de l’autre. Tout ce qui se situe entre ces deux extrêmes, de la famille à aux empires, en passant par la nation, relèvent d’une construction (et il y a une histoire de ces contractions). Ces constructions n’ont rien de définitives ou d’absolues : en fonction des lieux, des circonstances, et des cultures sur lesquelles elles s’appuient, elles vont varier de formes, de coutumes, et d’institutions.

Il n’y a donc que deux mouvements qui me semblent enrichir le monde. D’une part, ceux qui garantissent au plus grand nombre un accès croissant à la sécurité, à l’éducation, à la santé, et à l’épanouissement. De l’autre, ceux qui nous rapprochent tant bien que mal d’une prise de conscience globale de l’humanité, du fait que le destin des habitants de Sao Paulo a un impact concret sur la vie à Shanghai, et que nous ne partageons qu’une seule et même ressource, la terre.

Mais contrairement à une idée reçue, le progrès n’est ni inéluctable ni nécessaire. Chemin faisant, nous pourrions bien tourner le dos à ce qui jusqu’à présent s’est révélé globalement positif. Peut-être bien sommes-nous à une de ces périodes charnières ? Je veux croire que non, que je me trompe. Pour l’heure, la foi l’emporte. Mais pour encore combien de temps ?

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La danse…

Le temps glisse entre mes doigts, et m’échappe des mains. Dans sa chute, il entraine la succession des jours, sans que jamais rien ne vienne entraver son mouvement. Un clin d’œil un soir d’hiver et voilà déjà que juin frappe à la porte. Toute tentative de retenir le temps est vouée à l’échec. Et pourtant ce désir me possède, comme une obsession lancinante, une petite musique dont le refrain a colonisé mon oreille.

Le temps me manque, comme il nous manque à tous.

Quiconque entame un projet, quel qu’il soit, doit savoir qu’il existe quelques règles immuables et universelles. Par exemple, que tout prend toujours plus de temps que prévu. Que seule une approche laborieuse, continue, et humble, vient à bout d’une montagne. Que les grandes victoires sont les fruits d’une multitude de petites défaites. Que nous ne sommes pas la somme de nos projets. Que l’humain est faillible, et que ce nous produisons est à notre image, tout aussi défaillante. Que la vie se moque de nos objectifs dérisoires, non pas qu’elle se dresse sur notre chemin, mais plutôt qu’elle y est indifférente.

Ce qui compose l’essence du monde précède notre existence, et continuera d’être quand nous ne serons même plus la mémoire d’un souvenir vivant.

Je me souviens avoir appris qu’il fut un temps ou le temps lui-même ne se mesurait pas. Nous comptions les saisons, les cycles lunaires, les jours. Puis nous avons appris à lire la pousse dans nos champs, puis l’ombre portée du soleil. Nous avons créé des cierges de cire pour décompter une unité de temps. Nous avons amadoué le temps pour mieux le diviser presque à l’infini, au-delà de ce qui peut être humainement compris et appréhendé.

Nous pensions dompter le temps. Et le temps, en retour, a fait de nous ses esclaves.

Et dans ce souci d’une optimisation qui jamais n’atteint sa limite, comme si cela ne suffisait pas, nous essayons aujourd’hui de vivre plusieurs vies dans une seule. Les injonctions à la performance sont quotidiennes, insidieuses et disséminées. Voilà qu’il faut mener carrière et fonder une famille, soigner son physique et être cultivé, se lever tôt pour acquérir le monde et se coucher tard pour en profiter, s’épanouir professionnellement et savoir faire l’amour, avoir une foule d’amis que l’on ne connait pas, faire un mariage heureux et un divorce serein, être et avoir, savoir et savoir-faire. Et le tout, en cadence, au rythme d’une danse latine endiablée qui jamais ne cède au silence.

J’aime danser. Mais les pas cadencés de ce métronome invisible ne me conviennent pas. Je suis d’un autre temps, et sur ce monde, tout en y prenant part, je porte un regard nonchalant. Et ce regard, à son tour, fonde ce qui charpente mes écrits. Écrits dont l’écriture demande précisément au temps cette qualité contigüe, profonde et dense, qu’il n’a plus de nos jours.

Écrire est un acte de résistance, lire est une subversion.

L’écriture, c’est ce que je glisse dans les interstices d’une vie déjà trop dense. Ce n’est ni un besoin, ni un engagement, mais plutôt un plaisir et un jeu. Pour certains critiques et historiens, James Joyce a sacrifié sa fille Lucia au profit de l’écriture de Finnegans Wake. Mais pour ma part, je pense que le jeu n’en vaut pas la chandelle. L’écrit ne change pas le monde, il est le monde. Vivre prend le pas sur écrire.

Parfois, je m’en désole. Puis mon plus jeune fils décide de se lancer à l’escalade de sa montagne de père pour jouer à qui sera le plus fort. Je le laisse gagner, et alors qu’il ne sait pas encore parler, son rire éclate et propage les sourires dans toute la maison. Dehors, le monde continue de tourner, avec ou sans ma participation. L’écriture, elle, peut attendre.

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