beau: adj m.

Se dit de la rencontre fortuite sur une table de dissection d'une machine à coudre et d'un parapluie...

Category: Carnet de bord

Le bonheur comme subversion

Dans un monde qui fait de la crise un spectacle permanent, et dans lequel le malheur est devenu un fonds de commerce comme un autre, il est devenu impossible d’être heureux sans éprouver la culpabilité de l’être. Je ne parle pas du bonheur glacé que l’on exhibe à la télévision à grand coup de musique populaire et de rires préenregistrés. Le bonheur n’est pas à vendre. Mais plus la recherche de la joie nous préoccupe, et plus le bonheur, le vrai, est suspect.

On n’imagine plus le bonheur que comme au mieux le signe d’une compromission, au pire le fruit d’une spoliation. Et puisque la crise (quel que soit le nom qu’on lui donne à un instant donné) est la seule fiction officiellement autorisée, être heureux, c’est donc nécessairement être heureux aux dépens des autres. « Ca va » n’est une réponse acceptable que si l’on y devine cette retenue qui signifie « Ca va moyen, mais on fait aller. »

Dans le monde d’aujourd’hui, être heureux est indécent, et donc, en toute logique, parfaitement subversif.

Les conditions de cette impasse sont sémantiques. C’est dans le langage que se noue l’enjeu de notre temps. Il suffit de se pencher sur les injonctions qui occupent l’espace public, les médias, les murs de nos cités, les conversations dans les transports en commun, ce qui se dit à mots couverts ou à voix haute, pour percer à jour l’ordre qui nous est fait de subir la réalité.

Le monde est violent, l’économie aveugle, la nature bafouée, l’humanité en perdition. C’est chacun pour soi, tu comprends, marche ou crève. Ils veulent notre peau. Ils ne sont pas comme nous. Ils prennent tout et ne donnent rien.
Et peu importe qui se cache derrière ce « ils ». Le message est le même, sa structure opère à l’identique, son effet est sans appel : dans ces conditions, le bonheur est une illusion.

Et c’est vrai qu’ils veulent notre peau. Qui ? Tous bien sûr. Dans l’état actuel des choses, ne nous voilons pas la face, quelqu’un quelque part a de bonnes raisons de vous exploiter, de vous manipuler, de vous mentir, de vouloir votre mort. Enfin, bonnes, on se comprend. Cette personne a les siennes, et malheureusement, ça lui suffit.

Suffire. Voilà bien l’un des mots qui nous assassinent sans en avoir l’air. La suffisance, l’indifférence, l’ignorance qui en découle. Cette façon d’être qui se contente de son sort, du moment qu’il est meilleur que celui de son voisin. Malheureusement, ce bonheur-là est en papier mâché, il ne suffit jamais.

La subversion est un refus. Le refus de l’évidence. Le rejet des simplismes. La résistance à la réduction. Être subversif, c’est clamer que demain existe, qu’il n’a pas besoin d’être apocalyptique, et qu’il ne le sera que si nous le voulons bien. Être heureux aujourd’hui, ce n’est pas fermer les yeux, c’est juste prendre un peu d’avance.

Je laisse à d’autres le commerce de la peur qui paralyse les lapins dans le faisceau des faits divers, le grand déballage des identités mortes que l’on accroche à sa cravate comme le boucher le fait de sa viande froide, les fictions que l’on monte les unes contre les autres et que l’on met en scène à la façon des matchs de catchs américains.

À défaut d’être serein, je veux être un homme heureux. Et si le malheur frappe à ma porte – il le fera bien un jour ou l’autre – alors il prendra sa part, ni plus, ni moins. Mais rien ne saurait me détourner de ce désir fondamental, de cette subversion moderne : Je veux être un homme heureux, parce que c’est ainsi que l’on fait le bonheur autour de soi.

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L’heure à venir

« Si tu veux construire un bateau, ne rassemble pas tes hommes et femmes pour leur donner des ordres, pour expliquer chaque détail, pour leur dire où trouver chaque chose…
Si tu veux construire un bateau, fais naître dans le cœur de tes hommes et femmes le désir de la mer. »

– Antoine de Saint-Exupéry

Alors voilà. Voici venu le temps du rêve interrompu, du vol ajourné, du sang versé sans raison. Les mots se bousculent, mais pas un n’est à la hauteur. Cassandre s’est tue, la réalité devance ses prémonitions. Le bruit blanc du vacarme recouvre le silence, et la nuit ne suffit plus à panser le jour. Du reste, penser tout court s’est fait rare. On ne pense plus monsieur. On ne pense plus, on assassine.

Je fais la liste de toutes les raisons pour lesquelles on pourrait vouloir me tuer. La liste est longue, les candidats indénombrables, et peu importe qu’aucune des raisons ne soit juste ou n’en vaillent la peine. Le meurtre n’a jamais eu besoin de raisons. Mais parmi celles-ci, il y en a une qui me fait frémir plus que toutes les autres. Pour rien. Celle que l’on m’assassine pour rien de plus que le hasard d’avoir été au mauvais endroit au mauvais moment. C’est une mort absurde, et de là parfaitement à l’image de notre temps.

Il est mal avisé celui qui présume de l’avenir d’un homme à partir de son passé. Nous passons notre temps à faire mentir nos circonstances, à prendre le destin par surprise. Bien malin celui qui sait de quoi est fait l’avenir de son voisin, de ses proches, de ses collègues, de ses enfants ou même le sien. L’avenir, par nature incertain, est devenu si obscur qu’il se confond désormais avec la nuit. Ça tombe bien. De toute façon, plus personne n’en parle, de l’avenir, et plus personne n’y pense en vérité. Nos souffles sont suspendus, et nos rêves avec.

Le mensonge et l’insignifiant occupent l’espace laissé vacant. C’est que la vérité n’est pas belle à voir. Pour vous en convaincre, lisez donc. De tout temps, les assassins ont aimé la poésie autant que les poètes ont haï les assassins. C’est dans le fond assez logique. Le meurtre sans raison partage avec l’art la considération esthétique, la gratuité du geste absolu, l’ambition de l’évènement qui vient dérailler le quotidien. L’art, quand il n’est ni marchand ni divertissement, attente à l’ordre établi. La révolution et la poésie marchent main dans la main.

Seulement, les uns peignent avec de l’encre, les autres ruinent avec du sang. Le nôtre, le leur, peu leur importe dans le fond, du moment qu’ils ajoutent du vide au vide, du moment qu’ils réussissent à passer de la prophétie aux faits, même si pour cela il a fallu qu’ils l’autoréalisent eux même. La violence appelle la violence, et c’est un cercle sans fin.

Ce n’est pas nouveau pour autant. Il faut être naïf et ignorant pour s’imaginer que le monde a un jour été différent. Le monde n’est beau que parce que nous le rêvons ainsi. Mais c’est parce que nous le rêvons ainsi que nous pouvons garder l’espoir de le faire beau. Ce qui me désole, ce n’est pas tant la violence que sa conséquence la plus profonde, le naufrage de nos rêves, et de nos espoirs avec.

C’est de désir, ou pour être précis de son absence que notre société est malade. Nous crèverons d’ennui longtemps avant de mourir par obsolescence. Ce n’est pas d’une identité que nous avons besoin. On ne fonde pas une identité sur une fiction, aussi historique soit-elle. C’est de rêver à nouveau l’avenir. De mettre au défi nos conditions, et d’admettre que nous pouvons, collectivement, mieux faire.

Mais ce moment-là n’est pas encore venu. Les rêveurs s’astreignent au silence, personne ne veut les écouter. La parole est aux marchands de peur, aux charognards de l’actualité, à la médiocrité qui s’imagine qu’elle pense, aux autofictifs qui se contentent satisfaits de proclamer que le monde est laid sans se donner la peine de dire qu’il est possible de le faire différent. Il faudra s’enfoncer plus loin dans cette nuit, boire la ciguë jusqu’à la lie, manquer de s’étouffer. Pour l’heure, les nouvelles utopies restent cryptées, tapies dans l’ombre. Elles attendent, et nous avec.

Ce sera encore long. Mais ce jour viendra.


« L’heure la plus sombre est celle qui vient juste avant le lever du soleil. »

– Paulo Coelho

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Le liseré vert

Sur le lit défait repose un grand fichu blanc au liseré vert. Elle attrape d’un mouvement vif le fichu et recouvre d’une main agile ses longs cheveux blancs désordonnés. Un moment, je m’arrête stupéfait par la sureté de ce geste, l’humilité de cette pudeur, et son apparente assurance puisée dans la mémoire immuable d’une répétition quotidienne, jour après jour, pendant des décennies.

Pendant un éclat de seconde, son regard retrouve sa lumière. Ses lèvres s’entrouvrent, et je m’y accroche malgré moi. L’instant d’après, le silence retrouve sa place. Le temps d’un battement de cœur, le monde a basculé, et pourtant rien ne s’est produit.

Cela fait déjà longtemps qu’elle ne me reconnait plus. Cela fait déjà longtemps que je ne suis plus que ce gentil étranger qui vient gentiment lui parler de choses qui lui sont étrangement familières. Tout ce que je sais d’elle, longtemps ça la stupéfait, peut-être même inquiété parfois. Mais il arrive un âge ou l’on n’est jamais inquiet longtemps. Qu’a-t-on à perdre quand on a déjà tout perdu ?

Mais c’est oublier que l’on a toujours quelque chose à perdre.

Les médecins, les gériatres, tous m’ont prévenue de longue date. La prochaine étape. L’indifférence de plus en plus grande au réel, la perte de l’usage de la parole, l’enfermement intérieur.

C’est le silence qui désormais règle nos pas. C’est en silence qu’elle ne me voit pas assis à ses côtés. C’est ce silence qui lentement la dérobe à ma présence.

Je la regarde s’enfoncer seule dans cette bulle, là où ni mes bras ni ma voix ne portent, comme un navire qui lentement fait naufrage. Et je reste là, les bras ballants, confronté à ma terrible impuissance, incapable de lui porter secours. Elle est désormais seule au-delà du miroir.

À quoi ressemble le monde lorsque tout dans ce monde nous est étranger, quand rien de ce qui se présente à nous ne nous est familier ? Tout est péril, tout est angoisse. Ou alors peut-être le monde se poursuit en elle, un monde fait de souvenirs et où des personnes mortes depuis longtemps viennent nous tenir compagnie. Peut-être est-ce mieux ainsi. L’amour que les fantômes nous offrent est encore de l’amour.

En vérité, je n’en sais rien. Je suis désormais en déca de sa ligne d’horizon, hors de sa vue. Elle emporte avec elle la mémoire d’un monde qui n’est plus, et que tout le monde a oublié. Elle s’efface de la réalité, et il ne reste plus que le souvenir d’une mécanique de chair et de sang, des bras qui m’ont bercé enfant, un refuge qui désormais m’est définitivement interdit.

Pour que la vie survienne, il faut peut-être que la vie s’efface. Mais de quoi suis-je coupable si moi je trouve cela injuste ?

Je me souviens. Elle ajustait son voile, et d’un air de reproche me disait « Nous sommes de ceux qui ne peuvent compter sur personne. » Et elle ajoutait, théâtrale comme seul peut l’être le fatalisme arabe, « Rien ne nous a été épargné, rien ne nous sera pardonné. » Je levais les yeux au ciel, tout en sachant que j’avais tort. Ma vie n’avait alors été qu’une fraction de la sienne, et elle m’avait déjà donné de bonnes raisons de la croire sur parole.

Dans la salle d’attente, une petite télévision diffuse une chaine d’information en continu. Le son est coupé, si bien que les gesticulations des invités sur le plateau prennent une allure comique et ridicule. En filigrane, on comprend qu’il serait de bon ton d’avoir peur, que l’actualité exige de nous une gravité exceptionnelle. Moi, je n’entends que du bruit blanc, du bruit qui succède au bruit, pour le plaisir de faire du bruit, comme des enfants qui hurlent d’une peur convenue dans une attraction foraine.

On ne dit pas assez l’attrait de la destruction, le plaisir du vertige de la catastrophe, le désir en chacun de nous de faire place nette. Et la schadenfreude.

Ma mère ne voit rien de tout cela. Les enjeux de ce monde ne la concernent plus. « Nous sommes de ceux qui ne peuvent compter sur personne », m’aurait-elle probablement asséné. La vie en suspension, l’épochè permanente.

Je sais ce que j’aurai répondu.

« Nous sommes de ceux qui ne peuvent compter sur personne, c’est vrai, mais nous sommes de ceux sur qui on peut compter. » Parce qu’il faut bien que quelqu’un quelque part tienne debout. Parce qu’il suffit d’une poignée d’hommes non pas pour sauver le monde, mais pour lui donner une raison d’être.

Il se fait tard. On me fait comprendre qu’il est temps de partir, Monsieur. Les soins, le diner, tout ça. Une dernière étreinte, quelques mots doux que je susurre à son oreille, et son indifférence comme fin de non-recevoir. Mais c’est ça l’espoir, l’espoir qu’en dépit des apparences, les mots traversent même les murs les plus épais, et que par capillarité, ils parviennent un jour à destination.

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Eden

Comme le temps s’écoule sans que l’on y pense, la vie survient malgré nous. Elle procède par déflagration, elle nous prend toujours par surprise. Oh, bien sûr, lorsque l’on prend le temps de lire les traces, le temps de se retourner, il est toujours possible de révéler une chaine de conséquences, de se dire que bien entendu, ce qui survient du jour au lendemain n’est jamais que le fruit d’une logique résolue et ancienne. Mais on lit le passé comme on lit dans le marc de café. Les évidences que l’on y découvre ne le sont qu’une fois leurs importances révolues.

De toutes les choses qui me fascinent – et j’admets qu’elles sont nombreuses – peu sont celles qui préoccupent la première page des journaux. Ce n’est pas que le sort du monde m’indiffère, nul n’est à l’abri de ses aléas, et nul ne peut s’y soustraire. Mais globalement, la vie fait preuve de résilience, en dépit de tous nos efforts pour la détruire. La vie survit à la bêtise humaine, et combien même cette même bêtise rend la joie impossible en de si nombreux endroits, la vie y sursoit, et persiste à accomplir sa tâche.

L’amour survient même là où il est interdit. Les enfants naissent malgré les bombes. La vie se propage en dépit des frontières. Et la rose reste belle combien même pousse-t-elle dans le désert (et peut être même en est-elle encore plus belle).

Faire le monde meilleur, c’est commencer par faire de soi un homme meilleur. L’humanisme arrogant, sûr de soi et de sa science à fait suffisamment de ravage. Chacun de nous prend part à la fabrique du monde, chacun de nous y contribue par capillarité. C’est en créant les conditions de la joie en soi et autour de soi que l’on change l’acidité de la solution.

J’attends un enfant. C’est une chose étrange et merveilleuse que de donner la vie, combien même en tant que parent nous ne pouvons que contribuer aux prémices de celle-ci. J’observe chacun de mes enfants grandir de l’intérieur vers l’extérieur, devenant chaque jour qui passe un peu plus eux-mêmes, et un peu moins ce que nous, parents, sommes. Ici aussi, la vie survient presque malgré nous. Chacun d’eux est différent, et le nouveau venu le sera aussi, à sa façon.

Si le cœur d’une mère est un abîme au fond duquel se trouve toujours un pardon (Balzac je crois), le cœur d’un enfant ne connait que l’amour sans condition. Cette innocence naturelle nous engage, et nous questionne. C’est elle qui nous rend intolérables des images qui, lorsqu’elles mettent en scène des adultes, nous laissent indifférents. Un enfant qui souffre, un enfant qui meurt, est nécessairement une injustice. Nulle cause, nulle loi, nulle raison quelles qu’elles soient, ne justifiera jamais de la mort d’un enfant.

À quel moment perdons-nous cette innocence ? À quel âge est-il tolérable de mourir ? Par quelle malédiction oublions-nous que notre prochain, tout comme nous même, avons un jour été un enfant ? Voilà quelques questions qui me passionnent, mais qui ne semblent pourtant pas préoccuper nos journaux. Étrange, ce que l’on nomme civilisation me semble si souvent indigne de ce nom.

Comme le temps s’écoule sans que l’on y pense, la vie survient malgré nous. Entre l’envergure de mes bras, je m’efforce de créer les conditions de la joie, une bulle de confort et de confiance dans laquelle ceux qui me sont proches chantent, content, lisent, aiment, expérimentent, non pas en toute sécurité, cette illusion de liberté, mais en ayant la garantie de ne jamais se retrouver seul quoi qu’il arrive. Je connais l’Eden, j’en suis le démiurge, je le fabrique de mes mains. La chaleur humaine qui en irradie, c’est la lumière qui absout le monde. Car la moindre étincelle peut effacer les ténèbres les plus profondes.

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L’enfant en moi

Je crois qu’une partie de moi, en dépit de ce que j’ai pu observer de la nature humaine en moi et chez les autres, a toujours voulu croire au caractère résolument permanent de notre être. Quelque chose de l’ordre de l’essence, incorruptible, profond, et de là, immuable par définition. Un élément invariant, quel que soient les conditions initiales qui président à notre destinée.

Je réalise bien ce que cette idée a d’infantile. Il est aisé de comprendre que rien n’est jamais immobile, ou plutôt que ce qui l’est ne l’est que relativement à son observateur, et temporairement, à plus ou moins long terme. Rien n’est immuable, sauf peut-être cette idée que quelque chose puisse l’être tout de même. C’est peut-être même le fait que cette essence soit immuable qui en rend l’observation impossible. Ce qui s’observe par le biais de nos perceptions, ce n’est pas ce qui est, mais ce qui change d’un instant ou d’un endroit à l’autre. Nous sommes des machines à discernement.

Mais il n’en reste pas moins que l’idée d’une essence est concevable, et que cela en soi constitue sinon une preuve, du moins une suspicion nécessaire et suffisante. Par ailleurs, l’envisager n’est pas non plus futile. Est futile ce qui ne peut avoir de conséquences. Or cette idée, même infondée et illogique, est conséquente. L’essence postule l’absolu. Et sans absolu, rien ne peut se fonder, c’est-à-dire reposer sur une fondation pérenne. Même illusoire, cette idée est plus productive que l’inverse. Et de fait, elle décrit mieux ce que la majorité des hommes pensent et expérimentent de leurs conditions.

Nous (au sens large) pensons, et agissons ponctuellement, comme si tout était absolu. S’il faut se savoir mourant pour bien penser – comme suspendu au-dessus d’un abysse – il faut pour bien vivre occulter que l’on va mourir. C’est peut-être pour cela qu’il existe une tentation de l’absolu, et un mal du relatif qui ressemble à s’y méprendre au mal de mer.

Le relatif tangue, navire à la dérive, en proie aux éléments et susceptible de naufrage. Mais il est vrai que nous n’avons pas tous le pied marin. Ceux qui prônent que tout est relatif, ceux qui balaient toute marque d’absolue d’une main ferme et décidé, au nom de la vérité avec un grand V, oublient ce que ce geste d’affirmation comporte paradoxalement en elle d’absolue. Or dans un monde relatif, il n’existe rien de tel que l’affirmation.

Les croyants, je les préfère agnostiques. Les agnostiques, je les préfère croyants.

Alors, je postule que le monde est impermanent, mais que l’essence de notre nature est immuable. Il en découle de multiples axiomes qui imprègnent et colorent ma perception. Mon essence m’anime, mais mon existence est définie par la somme de cette essence et de la concrétion de ce qui m’est arrivé (de mon propre fait ou par accident). Cette somme est unique, mais elle n’a pas de valeur, en ceci qu’elle n’est en rien différente de celle d’un autre. Du reste, ni ces postulats, ni leurs conséquences, n’ont valeur de vérités. Ce n’est qu’une simple conviction parmi d’autres, un choix au sens noble du terme.

Quelque chose en nous ne connait pas l’altération du temps. Et au-delà du réconfort (vraiment ?), c’est sur cette idée que je prends appui pour m’élever au-dessus du bruit ambiant. Que m’importe l’infantilité de ce geste. L’air est plus pur quand on se donne la peine de prendre du recul.

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