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Se dit de la rencontre fortuite sur une table de dissection d'une machine à coudre et d'un parapluie...

Qui est Sohan Kalim ?

Paris. 09 Avril 2015.

Qui diable est Sohan Kalim ?

Self

Je n’ai jamais compris l’intérêt de l’autobiographie. Réaliser une biographie d’un personnage historique, ou d’un illustre inconnu qui gagnerait à ne plus l’être, pourquoi pas. Mais la sienne ? N’est-on pas déjà bien trop occupé à vivre sa vie plutôt qu`à la perdre à en écrire l’histoire ?

Remarquez, ça tombe bien, puisque je ne suis pas Sohan Kalim. Je peux donc écrire sa biographie sans perdre mon temps, ni, et cela est bien plus important, perdre le vôtre.

Sohan Kalim est une fiction d’écrivain. Un écrivain, puisqu’il écrit, et que c’est là la seule condition nécessaire et suffisante pour en être un. Une fiction parce qu`à ma connaissance, il n’existe personne du nom de Sohan Kalim dans notre pays, et que même s’il en existait un, il ne serait pas le Sohan Kalim dont je vous parle, puisque ce dernier est une fiction.

Notons ici la mise en abime d’une telle éventualité (l’incarnation de Sohan Kalim), mais n’allons pas plus loin dans cette voie métaphysique que Borgès aurait sans aucun doute trouvée fort à son gout.

Né de la rencontre entre une formidable propension à la prestidigitation (car écrire est un art de la magie) et d’un jour de profond ennui (on ne rend pas assez hommage à tout ce que les hommes ont créé par ennui et non par besoin), Sohan Kalim a déjà écrit plusieurs romans, sous divers hétéronymes, et au moins un sous le nom de Sohan Kalim, romans que vous n’avez pas lues – pour la simple raison qu’il ne les publie jamais de peur de la critique, de la sienne, ou pire, du succès.

Il faut dire pour sa défense que dans ce domaine – l’écriture – un nombre considérable de personnes (au premier rang desquelles les écrivains eux-mêmes) passent un temps incroyable à se soucier de savoir si un écrivain est bon ou mauvais, comme si l’adjonction d’une qualité changeait quoi que ce soit à l’acte d’écrire. Être reconnu bon, c’est en quelque sorte être adoubé noble, et en tant qu’écrivain, en avoir le souci, c’est mettre ses écrits au service d’une simple recherche de distinction.

Sohan Kalim pour sa part partage cette idée fort britannique qu’il y a plus de noblesse dans le détachement que l’inverse, et à ce titre, pratique au quotidien l’effort délibéré de n’être bon à rien. Ne rien avoir à vendre, c’est ne pas avoir à s’en soucier. Et être bon à rien, c’est tout de même être bon, ce qui est, il faut bien l’admettre, déjà beaucoup. En particulier pour une fiction.

Ajoutons à cette biographie que Sohan Kalim est née quelque part, ce qui est, coïncidence remarquable, le cas de 100% des êtres humains. Mais ce qui compte surtout, c’est qu’il n’est pas né ici, et qu’à ce titre, il est étranger, pour ne pas dire étrange. Il aime beaucoup de choses (avec passion et douceur), en déteste tout autant (avec méthode et application), et ne pratique l’indifférence qu’avec parcimonie. Un homme moyen donc, parfaitement à l’image de son époque (plus ou moins une décennie ou deux), totalement désargentée – hé oui, il n’est pas bon à rien pour rien !

Sohan Kalim n`a pas d’emploi – ni ne touche de prestations sociales, la loi étant particulièrement discriminante envers les fictions. Il ne sert donc à rien, ce qui fait de son existence un acte parfaitement subversif, puisque gratuit. Il n’a pas reçu d’éducations, les diplômes n’étant selon lui que des présomptions de compétences, présomptions qui bien souvent s’avèrent infondées.

Certes, Sohan Kalim n’est pas non plus un artiste. Soyons sérieux. Mais il aime raconter des histoires, ce qui tombe bien, puisque vous aimez que l’on vous en raconte, combien même le narrateur serait fictif. Du reste, tout le monde de nos jours raconte des histoires (voir des salades), du storytelling d’entreprise au moindre micro compte twitter, ce qui signifie que tout le monde est plus ou moins fictif.

Vous et moi savons que cela n’a aucune importance, que tout est fictif, et que malgré tous les émotions éprouvées au travers de ces fictions sont authentiques.

Sohan Kalim raconte quelque chose qui parle de vous (et de moi parfois). Et c’est bien ce qui compte, cette narration à laquelle Sohan Kalim prête sa voix, et ce qu’elle induit en nous. Sohan Kalim ne fait pas de littérature, et c’est une bonne chose, car il serait très mauvais à ce jeu-là (ce qui l’affligerait, puisque Sohan Kalim est probablement très joueur dans l’âme).

Sohan Kalim est une fiction d’écrivain, une histoire que se regarde en train d’en écrire une autre, et nous sommes témoin de cette improbable merveille qui s’adresse en nous à l’enfant qui sommeille.

Et c’est pour cela qu’on l’aime. On du moins en a-t-il l’intime conviction, cis au sommet de son égo qu’il a de son propre aveu fort élevé.

Ne lui en voulons pas, car vu de haut, la terre est si belle, n’est-ce pas ?

http://twitter.com/SohanKalim

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5 Comments

  1. J’ai lu ce texte d’une traite, je n’ai pas pris le temps de faire des pauses, il se lit tellement bien. Et il me plaît. Il me plaît car il est vrai, et j’aime la vérité. Je n’aime pas que l’on cache les choses pour se rassurer, je n’aime pas l’hypocrisie. Mais j’aime l’espoir. Et parfois, de l’espoir, il n’y en a plus trop. Puis ça revient…. le monde des Hommes est un terrain semé d’embûches. Et le pire, c’est que c’est nous qui les créons, ces embûches.

    Ce monde est un grand mystère pour moi, pourtant j’en fais partie. Du haut de mes vingt ans, c’est presque drôle de penser tout ça. Et pourtant, je pense que j’ai peur. De quoi, je ne sais pas. Mais j’ai peur.

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  2. Comme j’aime bien savoir à qui j’ai à faire, j’ai commencé par là, pour cette fois.
    J’aime bien qu’on me raconte des salades.
    J’aime bien quand on regarde le monde comme si on n’y était pas.
    J’aime bien quand on rit de sa réalité et que c’est un rire qui pince un peu.
    Je me suis toujours demandée si le monde entier n’était pas un fiction, et les êtres des idées incarnées nées dans des esprits plus ou moins concentrés.
    Je reviendrai donc.
    Parce que j’aime bien quand on pique ma curiosité.
    A bientot

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