beau: adj m.

Se dit de la rencontre fortuite sur une table de dissection d'une machine à coudre et d'un parapluie...

Month: February 2015

Le saut

S’il est une chose que j’ai apprise en travaillant au ministère, c’est qu’il n’existe aucun lien de corrélation entre l’instruction et l’intelligence. Oh, bien entendu, il ne faut pas se livrer aux généralités. Ici ou là, j’avais pu rencontrer, et même travailler avec certaines personnes remarquables. Mais au quotidien, la bêtise le disputait à l’arrogance et à la petitesse. J’en avais déduit que pour qu’une organisation fonctionne, il ne suffit que d’un certain pourcentage de participants compétents, disons 20% en moyenne. Non que le reste soit inutile, enfin, pas plus que ne l’est la graisse que le corps stocke en réserve au besoin.

Si bien qu’en prenant congé de mon poste, je ne pensais pas concevoir de regrets véritables. Peut-être que le confort d’avoir une vie bien réglée allait me manquer. C’est une chose de valeur que de ne pas avoir à penser au quotidien. J’avais conscience du désarroi qui m’attendait, passé les premières semaines. Mais au lieu de l’angoisse qui aurait dû m’étreindre, je pouvais gouter une certaine forme d’excitation.

Il y eut un pot de départ, sommaire mais convenable. Un haut fonctionnaire y salua ma contribution, et les regrets qu’ils allaient tous ressentir après mon départ. On m’y offrit une carte de vœux, une tasse humoristique, et une montre frappée du logo du ministère, reliquat d’une campagne de communication oubliée de longue date. On me souhaita bonne chance, et ce qui devait être fait ayant été fait, tout le monde éprouva le sentiment du devoir accompli.

C’est ainsi qu’en passant le porche de la haute bâtisse, je mis fin à 30 ans de carrière.

A 50 ans, et quelques poussières, on est certes plus très jeune, mais on est loin d’être en bout de course. Le mois dernier, j’avais revendu mon petit 3 pièces dans le vingtième pour une jolie somme à un couple de jeunes architectes. J’avais passé ces dernières semaines chez des amis qui m’hébergeaient à Colombes. Toutes mes affaires avaient été déménagées à la Roche-En-Brenil, à la maison de mes parents. Si bien que ce matin, avant d’aller au ministère, j’avais pris congé de mes amis avec l’intention de prendre l’autoroute le soir même.

Une fois au volant de ma voiture, il me fallut un long moment avant de mettre le contact. La radio ne passait pas dans le parking souterrain. Je laissais donc le silence faire passer ce que l’on aurait pu décrire comme une forme d’ivresse passive, un vertige sans joie ni allégresse. En face de moi s’ouvrait un abime étrange, et la falaise au sommet de laquelle je me tenais était friable, indigne de confiance. Je me sentais enivré par ma liberté retrouvée, mais la perspective de la chute me dégrisait presque simultanément. Je tournais la clef dans le contact, et le bruit du moteur chassa cette image. Paris fut bientôt derrière moi.

Enfant, j’avais aimé la Bourgogne, son paysage riche et fier, les longues rangées de vignobles, son passé prestigieux. Adulte, j’avais rapidement éprouvé le besoin de fuir cet héritage, par envie de gouter à la modernité, aux lumières de la capitale, aux bruits des machines. J’avais de bonnes capacités scolaires, mais peu de passions. Ce fut toutefois suffisant pour passer un concours et rejoindre l’administration.

Depuis, somme toute, je n’y étais retourné qu’avec parcimonie, quelques étés. Mon père, par jeu, m’appelait Monsieur le Préfet, ce à quoi ma mère disait qu’il n’y avait que le cheval du voisin pour être aussi bête que lui. Le tabac avait eu raison de lui il y a déjà 15 ans. Et pendant ces quinze années, ma mère a tenu la maison, jusqu’à il y a 6 mois, victime d’une complication pulmonaire.

Le notaire m’avait dit que je pourrais sans doute en tirer un bon prix auprès de touristes ou de retraités anglais. Quelques petits travaux de modernisation bien sûr, quelques milliers d’euros à peine. Et peut-être bien que c’est ce que j’aurai fait, 7 ou 8 ans plus tôt. Mais à la surprise de tout le monde, c’est mon appartement parisien que je mis en vente. Et ce fut un peu comme si je soldais ma vie.

Tout s’était par la suite enchainé assez rapidement, comme par évidence. Mais si l’on m’avait demandé pourquoi j’avais choisi de faire tout ça, je n’aurai pas pu livrer d’explication claire. Du reste, personne ne me demanda ni pourquoi, ni pour quoi faire. Peut-être que si quelqu’un avait posé une de ces questions, la mécanique se serait enrayée. J’aurai été alors forcé de me faire face, et de mettre des mots sur mes sentiments. Mais il faut croire que je n’avais pas laissé sur le monde d’empreinte assez forte pour que ce dernier daigne tenter de me retenir.

Ce n’est que sur l’autoroute A6 que je pris pleinement conscience de ce que j’étais en train de faire. La voiture lancée à pleine vitesse semblait douée de sa propre volonté. Elle m’entrainait en ligne droite, et je prenais soudain conscience d’avoir été l’objet d’une idée qui n’avait pas tout à fait été la mienne. Ou du moins, c’est ainsi que je le ressentais désormais, étranger aussi bien à ce que je fus toutes ces années comme à ce que j’allais devenir à présent.

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Le triangle isocèle

J’aime deux femmes. Simultanément. La compagnie de l’une creuse l’absence de l’autre. Le manque que j’éprouve à l’égard de celle qui n’est pas là lèse le plaisir de la compagnie de la seconde. Toutes deux différentes, mais toutes deux éveillant en moi le même désir, la même recherche du regard, le même besoin.

Aimer deux femmes, voilà bien une situation qui autrefois me semblait impossible, absurde. Je ne pensais l’amour capable que d’une seule attention, un seul objet qui condense le point de fuite de nos désirs et le centre du monde. Je concevais cet amour unique, mais fragile, éphémère la plupart du temps. S’il me semblait absurde d’imaginer l’amour éternel, il me semblait tout aussi absurde de le croire fidèle. Comme la victoire de Samothrace, c’est ailé qu’il faut s’imaginer l’amour. Si bien que le passage pour ce dernier d’un objet à un autre n’en change pas la nature. Un jour on aime une femme, un jour on en aime une autre.

Et puis un jour, on en aime deux.

L’étrange a cette propriété de s’imposer au réel. Quelque chose bascule. Un frottement se produit. La réalité s’ébroue un moment, mal à l’aise de devoir s’adapter à une nouvelle situation inattendue. Mais très vite, ce qui était étrange, ou aurait dû l’être et le rester, devient aussi normal que l’électricité, la voiture, ou la téléphonie mobile. Le quotidien érode toutes les formes de magie.

Je ne me souviens plus qui de l’une ou de l’autre j’avais rencontré en premier. Ce devait être à peine à quelques jours d’intervalle. Pour chacune, il y avait eu une première fois, puis une première nuit sans engagement, une seconde rencontre, une troisième nuit, et ces deux histoires s’étaient tissées en parallèle, mais plus ou moins au même rythme. Avais-je eu le sentiment de tromper l’une avec l’autre ? Peut-être me serai-je posé la question si l’une ou l’autre me l’avait demandé.

Mais aucune ne semblait avoir le désir de prendre possession de moi, d’établir un acte de propriété sur telle ou telle partie de mon cœur. La notion de couple, ou de mariage, semblait pour elles un sujet désuet, un hors sujet tant chacune semble avoir à cœur le désir d’être libre.

À vrai dire, ce n’est que très récemment que j’ai pris conscience de ce double amour. J’agis souvent sans considération, selon mon intuition ou mes envies, si bien que la réflexion suit mes actions plus souvent que l’inverse. D’abord est venu le manque de l’une quand je suis avec l’autre. Au début, j’ai cru que j’aimais plus celle pour qui j’éprouvais ce manque, mais une fois en sa compagnie, voilà que l’autre me manquait tout autant. Si bien que progressivement, choisir qui de l’une ou de l’autre voir est devenu un déchirement.

Mais la véritable prise de conscience, ce fut d’une troisième femme qu’il m’est venu.

Par facilité, ou par bêtise, je me suis toujours senti obligé de saisir toutes les opportunités qui se présentent. Elle, on me l’avait présenté à une soirée, et comme elle était jolie et cultivée, on avait commencé à flirter gentiment. On avait parlé de tout et de rien, et comme je sentais que je lui plaisais, j’avais commencé à parler d’amour, sujet que je pensais connaitre. Si bien que la soirée passa sans que l’on se quitte vraiment.

Mais au moment de partir, alors que je savais qu’elle n’attendait que cela, je ne lui proposai pas de la raccompagner. Et lassé d’attendre, elle supposa peut être que je n’étais intéressé. Elle partit alors avec une de ses amies.

Après son départ, je restai perplexe. Un camarade qui connait mes habitudes vint me voir, et me demanda si j’allais bien, ou si j’étais amoureux. Ce soir-là, je fus défait par les évidences. Amoureux, je l’étais. Oui, mais de laquelle ? Et qu’est-ce que signifiait soudain cette double passion ?

De retour chez moi, je ressassai cette idée étrange d’être un homme amoureux de deux femmes, en me demandant si je savais finalement quoi que ce soit de l’amour. Seule la radio émettait une faible lueur orangée, tandis qu’allongée sur le canapé, je finissais de tirer sur ma dernière clope. J’aime deux femmes. C’est bien d’aimer. Mais qu’en est-il d’elles ? Qui de l’une ou de l’autre m’aime vraiment ?

La radio diffusait un vieil air de Leonard Cohen. Et pour la première fois depuis longtemps, l’avenir me paraissait compromis.

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Vagabond

Il n’existe pas de pays laids. La plaine assène son vertige horizontal à celui qui n’a connu que les sommets des montagnes. La ville enivre les yeux du Bédouin comme le désert capture l’âme du citadin. L’océan bouleverse celui qui n’a connu pour ligne d’horizon que la géométrie euclidienne des tours de verre, et la montagne élève le cœur de celui dont le regard embrasse les vallées pour la première fois. Il n’existe pas de pays laids, il n’existe que la fatigue d’avoir sous les yeux, et au quotidien, le même spectacle, malgré le ciel sans cesse renouvelé.

Le voyageur n’a pas d’autres buts que celui d’amener deux mondes à se rencontrer, le sien, qui lui est propre, et celui qu’il découvre, fort différent. Et c’est bien deux mondes que l’on explore ainsi, deux voyages qui se produisent simultanément, et dont la synchronie engendre l’émerveillement.

Du contraste émerge le savoir, car il est difficile de distinguer les contours de ce que l’on est, tant ces derniers épousent ceux des lieux qui nous hébergent. Comme l’eau prend la forme du vase, nous nous coulons dans l’espace qui nous contient, plus ou moins rapidement, plus ou moins aisément. Mais c’est un processus inéluctable. Si nous sommes à l’image de nos habitudes, il en va de même de la réciproque. Les lieux où nous vivons ne sont pas neutres. Ils nous dictent nos pensées aussi assurément que nous pensons les bâtir à notre image.

Les endroits exigus qui forcent la promiscuité promeuvent des idées étroites et terre à terre. A l’inverse, les horizons lointains ouvrent les possibles. Dans un cas comme dans l’autre, le voyageur se confronte à ces lieux qui l’interrogent. Celui qui part ne part pas seul. Il emporte avec lui la mémoire des formes qui l’ont vu naitre et grandir. Devenu étranger au monde qu’il traverse, il devient conscient à la fois d’exister indépendamment de ce dernier, mais également critique vis-à-vis de ce qu’il fut, et des raisons qui l’ont fait devenir ainsi.

Plus encore que l’instruction des mathématiques, ou l’assommante énumération des dates d’une histoire fictive, partiale et incomplète, le voyage parfait le voyageur, et par conséquent, devrait être l’outil privilégié de l’éducation. L’instruction n’est utile qu’à celui qui sait quoi en faire. Et ne peut savoir quoi en faire que celui qui sait qui il est.

Il n’existe pas de pays laids. Mais il en va autrement des hommes. Cette laideur contamine le réel. Même la terre quand elle se fait violence, quand elle tremble ou submerge, quand elle assassine aveuglément, préserve sa majesté. Les hommes procèdent inversement. La majesté ne leur est en rien acquise, dans les grandes choses comme dans les petites. Et ce n’est qu’à un prix extravagant, et pour une durée éphémère, que l’homme parvient parfois à dépasser sa propre nature.

Nous sommes prisonniers de notre condition, et même ceux qui ont dépassé la leur continuent de se définir par rapport à ce qu’ils auraient dû être. On ne se déroba pas si facilement à son destin. Par contre, il est dans notre nature de voyager, de partir, de quitter le confort qui nous retient. Ce n’est pas chose facile. À bien des égards, la distance parcourue par le premier pas du voyage est plus grande que la somme des pas successifs. C’est le bruit que font les chaines à nos pieds, lorsqu’on les remue avec force.

Voyager ne vaut que si l’on vagabonde. Ranger les cartes, oublier le temps, se rendre à l’évidence même que voyager ne sert à rien s’il s’agit de suivre un programme. Le voyageur est un vagabond, sinon il n’est que touriste. Le touriste ne voyage pas, il emporte son habitat partout où il va. Il ne se frotte pas au réel, il n’éprouve que le plaisir d’avoir changé le papier peint.

Il n’existe pas de pays laids pour celui qui fait du voyage un art de vivre. Et au retour, lorsqu’il retrouve son habitat, tout lui semble neuf, et surprenant. Mais il sait que ce n’est pas la ville, la montagne ou l’océan, qui ont changé, mais lui, et le regard qu’il porte sur le monde, et sur lui-même.

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L’attente

Je n’ai jamais réussi à me défaire de cette habitude d’arriver en avance. Une habitude d’homme pauvre, un reliquat servile. Il sied aux hommes riches d’avoir le temps, et de là d’être perpétuellement juste ce qu’il faut en retard, quelques minutes, signe de hauteur et de détachement par rapport au cours des choses. C’est tout un art, car il ne faut pas non plus passer pour imprévoyant ou imbécile, ou pire, afficher l’arrogance d’un parvenu.

J’étais donc en avance, et par voie de conséquence, condamné à une attente désœuvrée. Je n’avais pas pensé à prendre un des innombrables livres de poche que je n’avais jamais lus, et qui encombraient ma bibliothèque. Le réseau téléphonique affichait un signal 3G anémique, et le bar ne proposait pas de service wifi. Une pointe d’agacement s’afficha peut être sur mon visage, mais je ne pouvais le voir car je tournais le dos aux grands miroirs de la brasserie pour faire face à l’entrée principale.

Alors, pour échapper au huis clos avec moi-même, mon regard sur reporta sur les autres clients, ainsi que sur les passants dans la rue. « L’homme commun, si dure que soit pour lui l’existence, connaît au moins le bonheur de ne pas y penser » écrivit Pessoa. Et il ajouta « Vivre la vie extérieurement […] c’est ainsi qu’il faut vivre la vie pour pouvoir compter au moins sur la satisfaction des chats et des chiens. »

Et de fait, lorsque je prenais le temps d’observer les gens – je n’aime pas ce mot, il n’existe rien de tel que « les gens » – je ne pouvais distinguer d’eux que le caractère mécanique de la vie, ce qui affleure à la surface de la conscience, mais n’est somme toute que le sommet émergé d’un iceberg profond. Je savais Pessoa espiègle, ou alors victime de son égo. Si les chats et les chiens nous apparaissent dotés d’une capacité à vivre satisfait, ce n’est pas qu’ils soient simples, mais plutôt qu’ils nous assènent notre propre image pétrie de complexités étranges et paradoxales.

Par un effet de renversement, j’en étais venu à me demander quelle image je renvoyais de moi-même. Probablement pas celle d’un homme en train de penser à Pessoa. Un homme quinqua, attablé seul à une table isolée, visiblement vêtu de linge frais et repassé alors que nous étions en début de soirée, une simple rose négligemment posé à mes côtés, je suppose que les passants m’imaginaient attendre une inconnue, peut être une femme rencontrée via un service de rencontre. Et c’était effectivement le cas. Finalement, cette idée qu’en dépit de mon orgueil l’essentiel était affiché en plein jour m’amusait beaucoup. Je n’offrais aucun mystère au regard. Et cela me semblait être la définition même de l’homme commun.

Ce plaisir céda toutefois vite la place au doute. Après tout, en dehors des photos que nous nous étions échangées, nous ne nous étions jamais vus. Passer de l’image à l’incarnation, ce n’est pas rien. Et si je n’offre à voir aucun mystère, peut être fera-t-elle demi-tour avant même de m’avoir adressé la parole ? Peut-être même m’observait-elle depuis un bon moment, cachée dans une des alcôves invisibles à ma vue, soupesant le pour et le contre ?

Je l’imaginais alors saisir son téléphone, et m’envoyer un message, quelques mots d’excuse prétendant avoir été retenus par une urgence quelconque. Et à la fin, la promesse de se voir bientôt, promesse qui ne serait bien entendu jamais tenue. C’était une idée ridicule tant elle était romantique, mais les idées sont tenaces. On ne les balaie pas d’un simple revers de la main.

En vérité, je n’y croyais guère à cette possibilité. Elle arriverait en retard, juste ce qu’il faut, je le savais. Mais il fallait bien faire usage du temps d’attente qui m’était offert, et un peu de complaisance pour mon propre sort n’allait pas me tuer.

Et je préférai ne pas penser à elle. Non pas qu’elle me laissait insensible, ou par crainte d’une déception. Mais en évacuant tous les mots que nous avions déjà échangés, je voulais lui faire de la place, lui rendre son caractère inconnu, mystérieux. Son écriture, pleine et déliée, j’avais déjà mainte fois eu l’occasion d’en parcourir la pensée claire. Mais c’était à la rencontre d’un corps que j’allais, et j’avais pleinement conscience qu’il était vain d’extrapoler par avance la géographie. Un corps ne s’imagine pas, on en réalise la cartographie avec les mains.

J’en étais là de mes pensées, lorsqu’elle entra dans le bar. Je me levais maladroitement, manquant de renverser ma tasse de café, ce qui la fit sourire immédiatement. Je souris à mon tour. Un bon point de départ.

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Doliprane

Il s’éveilla au milieu de sa vie, non pas à l’orée d’une forêt sombre, mais incapable d’expliquer comment il était devenu celui qu’il était aujourd’hui. Cette brutale réalisation lui fit l’effet d’un crochet du droit efficace, suivi, alors qu’il baissait sa garde, d’un uppercut du gauche en pleine face. Son premier geste, après cette spectaculaire révélation, n’en fut pas moins d’une banalité confondante. Il avala coup sur coup deux cachets de doliprane.

Il faut dire que sa petite salle de bain n’était guère éloignée de son canapé BZ. En pratique, dans ce petit quinze mètres carré, rien n’était particulièrement éloigné de rien. Le canapé se trouvait à équidistance de la petite plaque électrique, du minuscule évier, et des parois plastifiées de la douche, si bien que l’on aurait pu imaginer se laver tout en faisant la vaisselle, ou se vêtir en préparant des crêpes. Mais il eût fallu pour cela avoir l’imaginaire d’un acrobate, autrement dit celui d’un homme heureux, et heureux n’était pas l’épithète qu’on aurait naturellement accolée à la pensée du locataire de ce studio.

Sébastien venait d’avoir 34 ans. Cela au moins, il s’en souvenait. Comme il se souvenait du dernier jour de son Master, des nombreux stages qui suivirent, des tout aussi nombreuses périodes de chômages, et enfin, de son poste de chargée de recrutement dans un petit cabinet spécialisé, poste aux responsabilités aussi éloignées de son domaine de compétence initial que Pluton l’était de la Terre. Tout était allé vite, si vite qu’il venait de fêter la veille ses 34 ans, toujours locataire de son petit studio d’étudiant, et toujours en compagnie des mêmes amis qu’il trainait maintenant depuis plus de 10 ans.

Enfin, les mêmes, oui et non. Certains, plus chanceux ou plus talentueux, étaient partis à l’étranger exercer leurs passions. D’autres avaient fini par se maquer, puis, une chose en entrainant une autre, par faire des enfants. Ceux-là avaient quitté Paris somme toute assez rapidement, poussé il faut bien le dire par la misère de n’être que de la vulgaire classe moyenne. Les derniers qui restaient, partageaient avec Sébastien plus ou moins la même condition humaine, c’est-à-dire celle des feuilles mortes emportées par l’eau de pluie dans les rigoles des caniveaux.

Sébastien prit mentalement note du fait qu’il venait de finir les deux derniers cachets de doliprane. Dans un excès de lucidité, il prit simultanément note du fait qu’il allait probablement oublier qu’il venait de finir les deux derniers cachets de doliprane, et que par conséquent, il valait mieux immédiatement en prendre note dans son smartphone. Ce dernier était posé à même le sol, branché à la prise murale par un petit câble blanc aux extrémités dénudées.

L’écran affichait samedi 7 février 13h25, et trois notifications de messages, un pour chacun de ses parents – ils avaient divorcé il y a plus de 15 ans – et un autre d’un ami qui n’avait pas pu se libérer hier soir. Avant même qu’il ne puisse s’en empêcher, il ouvrit l’application Facebook, et le regretta immédiatement. Il fut un temps où Facebook a été une bonne idée, quelque chose d’utile, presque un progrès. Mais on devait bien admettre que cette époque était révolue depuis belle lurette. Utiliser Facebook de nos jours, c’était un peu comme gouter un fruit trop mûr, à la chair abimée et amollie, ou encore comme de visiter les quartiers rouges d’Amsterdam, et de s’y sentir en trop, incapable de se souvenir de la raison qui avait justifié cette visite.

Au beau milieu de l’avalanche de messages convenus de personnes que Sébastien n’avait plus le souvenir d’avoir rencontrées se trouvait un message de sa sœur. « Check ton mail ! ». Céline était partie à Sydney il y a un an pour y faire une année de spécialisation. Depuis, elle ne faisait que poster d’incroyables photos de plages, de soirées bières, ou de ses excursions en pleine nature sauvage. Elle avait l’air heureuse, mais Sébastien savait bien que sur Facebook, tout le monde est heureux par définition.

« Mon cher frérot, pour ton anniversaire, je t’ai inscrit à un site de rencontre. Non, ne me remercie pas ! Rassure-toi, je m’occupe de ton profil, tu n’auras rien à faire. Ah si, répondre aux mails des candidates. Gros poutou ! »

Sébastien en serait resté interdit, s’il ne savait que sa sœur était parfaitement sérieuse, et qu’il aurait été vain d´éprouver toute forme de colère. Au lieu de cela, une sorte de dépit désabusé au gout de bile remonta le long de son œsophage. Il jeta son téléphone négligemment sur les draps froissés, et eu tout juste le temps d’atteindre la cuvette des w.c.. Il fallait bien que vivre dans un clapier eût quelques avantages.

Si nous étions dans un roman, l’image peu glorieuse de Sébastien penché sur la cuvette w.c. de son appartement trop petit aurait peut-être invité cette forme empathie bourgeoise envers son sort malheureux, celle qui en réalité cache la satisfaction éprouvée de ne pas être Sébastien. Mais dans la vraie vie, Sébastien n’attirait à lui au mieux de la condescendance froide, ou au pire du mépris de la pire espèce.

Il avait parfaitement conscience de cet état de fait, mais en vérité, il n’en avait, selon ses propres termes, strictement rien à carrer. Et c’est vrai, qu’il s’en foutait pas mal, de ce que l’on pouvait penser de lui. Lui-même ne se privait pas d’éprouver les pires sentiments envers son prochain, alors il ne voyait pas au nom de quoi il aurait pu interdire à quiconque d’en avoir autant à son égard. Il ne s’aimait même pas lui-même, et en avait parfaitement conscience, alors…

Il en était là de ses réflexions, accoudées à la cuvette, quand il entendit quelqu’un frapper à sa porte. Il fallut attendre la troisième volée pour que Sébastien se résigne à ne plus faire le mort. Qui que cela soit, il allait passer un sale quart d’heure, se disait-il en se levant. De toute façon, cette journée est foutue. Et il ne lui fallut que trois pas pour atteindre la porte d’entrée. Non, vraiment, cet appartement avait d’indéniables avantages.

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La fabrique

J’habite près d’une fabrique de nuages. Oh, je sais bien qu’il n’existe rien de tel qu’une fabrique de nuages. Mais les attributs du réel ne peuvent pleinement décrire ce que le regard voit. Deux fines tours en briques rouges, hautes d’environ 20 mètres, et dont s’échappent continuellement deux immenses colonnes d’une fumée blanche et dense comme du coton. Vous appelez cela comme vous voulez. Moi, j’y vois une fabrique de nuages.

Je ne sais pas à quel moment s’est produit le basculement du réel vers le premier degré. Autrefois, la poésie avait valeur de vérité, en ceci qu’elle faisait le jour sur ces choses que l’on ne peut voir, et qui pourtant sont bien réel. Et puis, quelqu’un, quelque part, a décrété que ce n’était pas sérieux, que cette forme d’art n’est qu’un enfantillage. Autant vous dire qu’il n’aimait pas les enfants. Bref, le monde est devenu sérieux, prévisible, régulé. Et du même décret, on a fermé les passages piétons infestés de crocodiles, les trottoirs falaises aux chutes mortelles, et bien entendu, toutes les fabriques de nuages.

C’est une chose étrange que de s’éprouver étranger à sa propre époque. Ce n’est pas tant que l’imaginaire ait disparu – nous sommes fait de la même matière que les rêves, disait fort à propos une réclame pour un véhicule italien – mais plutôt que cette force d’imagination doit aujourd’hui servir une fonction. Je ne fonctionne pas, je suppose. Je ne suis pas fait pour servir, combien même serais-je au service de mes propres aspirations. Depuis que l’on fait commerce du désir, je me méfie des miens. Parmi ceux-là, lesquelles sont les miens, et lesquelles me viennent d’ailleurs ? Le désir est devenu suspect du premier jour où il a été fait l’objet d’une transaction commerciale. Je préfère m’abstenir.

A commencer par m’abstenir de préciser que j’habite à proximité d’une fabrique de nuages. On ne sait jamais. On pourrait penser de moi que je suis un rêveur idéaliste, presque un criminel à la cause du réel. On en assassine pour moins que cela de nos jours.

A deux pas de la fabrique se trouve un parc. Un de ces petits parcs rescapés on ne sait trop comment de l’appétit urbain pour les surfaces constructibles. Et dans ce parc, en bordure d’une étendue de gazon fraichement tondue, se trouve un banc public. Le seul du parc. Cette solitude incongrue, loin de faire de ce banc le témoin de la politique pusillanime de la ville, en avait au contraire fait un point de rencontre particulièrement apprécié du quartier.

A toute heure, enfin, pendant les rares heures officielles d’ouvertures du parc, s’y retrouvait tout ce que la zone comptait d’êtres oisifs, libérés pour un instant de toute forme d’activités productives. Au matin, les retraités levés trop tôt pour promener des chiens aussi fatigués qu’eux. A midi, quelques employés de la fabrique qui venait respirer l’air pur (sic) le temps d’un sandwich. L’après-midi, les chômeurs se retrouvaient pour siroter une bière en douce, avant d’être expulsés manu militari par les mamans venues occuper leurs progénitures entre la sortie de l’école et le diner. En soirée, les ados du coin faisaient le mur pour aller y fumer un joint ou deux, et ils se seraient les uns contre les autres, comme des animaux effrayés par le fracas du temps qui passe.

Parfois, moi aussi je m’installe sur ce banc. J’y reste plusieurs heures, et les habitués, méfiant de prime abord, avaient fini par apprivoiser ma présence. Moi aussi, j’étais devenu un habitué, un habitant du banc, un citoyen du par cet un acteur de sa petite histoire. Et ce banc, c’est comme s’il découpait dans l’espace une portion de réalité à l’abri de l’air du temps. Un point à l’abri des tumultes et du vacarme.

Peut-être bien que c’est ainsi que la réalité procède, comme si une structure immuable soutenait la chair même de la création, et qu’à différent endroit, cette ossature en perçait la peau. Je me plaisais à penser que les myriades de raisons administratives qui avaient préservé l’unique banc de ce petit parc n’étaient en réalité que l’expression d’une cause bien plus profonde, et bien plus puissante. Plus juste.

Un banc comme un navire, que borde une fabrique de nuages. Et le monde autour.

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La nuit, les loups

Je n’ai jamais aimé être nu. Enfin, je suppose qu’il fut un temps où, enfant, ma propre nudité ne me posait pas de soucis. Je m’imagine même en faire l’arrogant spectacle, comme ses jeunes bambins pour qui le port du vêtement une offense. Mais de cette époque, je n’ai plus aucun souvenir. Et de mémoire d’homme, je n’ai jamais aimé être nu.

C’est une chose étrange, la nudité. Ce qu’elle offre à la vue, c’est l’image d’une animalité brute, humide et féroce. Elle me met mal à l’aise, comme si soudain on me donnait à voir le spectacle d’une vérité crue, évidée de ce qui pouvait la rendre aimable, ou du moins, tolérable. C’était une autre chose d’autant plus étrange, en ce qui me concerne, que d’en être venu à poser en atelier. Nu, bien entendu.

A l’époque, j’étais plutôt bel homme, je veux dire qu’on ne me trouvait pas laid. Je n’étais pas particulièrement gracieux, ni bien proportionné, l’absence de toute passion pour l’activité sportive n’ayant pas façonné l’athlète que j’aurai pu être, mais je crois que j’avais du charme, et cette forme d’équilibre symétrique qui rend un visage si séduisant, et juste assez de disgrâce pour rendre le travail de l’artiste intéressant.

J’étais surtout sans le sou, et à la recherche d’une activité facile. Alors j’allais poser dans tel ou tel atelier de dessins, et autres académies, dans lesquels s’entassaient des jeunes artistes aux idées fortes et aux talents faibles. Je n’aimais certes pas être nu, mais paradoxalement, poser m’était indifférent. Dans le vestiaire où je me déshabillais, j’accrochais simplement toute forme de conscience au crochet du portemanteau, conscience que j’enfilais quelques heures plus tard comme on s’habille d’une chemise.

C’est par les nuits sans lune que sortent les loups. C’était ce genre d’idées qui me venaient pendant ses séances, des images saugrenues et totalement déplacées, mais qui ne m’apparaissaient jamais aussi clairement que pendant ses longues poses. Le reste du temps, la « vraie » vie faisait barrage à ces étranges visions. Les amis que je retrouvais Place de Clichy, les filles faciles qui venaient à Paris tromper leur ennui (et parfois leurs maris), la fac où je n’allais plus que pour assurer la validité de mon inscription. Le monde conspire à vous tenir éloigné de vous-même.

Mais lorsque j’étais nu, exposé en pleine lumière, il ne subsistait plus aucune barrière entre moi et moi-même. Je pouvais librement penser à la nuit, aux loups qui la peuplent, et à cette idée que je faisais moi-même partie de la meute. Ou que j’en avais le désir, que rien ne me semblait plus désirable que cette appartenance à la meute, au clan des loups, et au fond, à la nuit. Le reste, c’était le dérisoire, le grand bal des prétentieux, le défilé des chaperons rouges.

Lorsque mes amis me parlaient de politiques, des « évènements », de tout ce qui anime la foule qui habite la télévision, je faisais semblant de ne rien y entendre. J’acquiesçais à une idée ou à une autre, en attendant de m’esclaffer à la prévisible blague bien lourde et bien grasse qui ferait inévitablement dévier le sujet vers les filles ou le cul, ce qui revenait au même. En vérité, l’air du temps glissait sur moi comme l’eau sur les plumes d’un canard sauvage.

J’étais étranger à ce monde-là, façon de dire que ce monde m’était étrange, et que c’était probablement réciproque. Rien de ce qui semblait avoir tant d’importance pour eux n’en avait à mes yeux. Le monde change ? Et bien, qu’il change, et que m’importe sa course ? Je saurais bien m’y faire une place, quoi qu’il arrive. A quoi bon perdre son temps avec ce sur quoi l’on n’avait aucune emprise ?

C’est ainsi que s’écoulait ma jeunesse. Nu le jour pour servir de brouillon à une bohème en voie de disparition. Nu la nuit dans les draps défraichis d’un hôtel à bas prix pour servir de mètre étalon à l’ennui. Ce qu’il y avait de lupin en moi m’apparaissait de plus en plus domestiqué, servile, et absurde. Et cette idée, faisant son chemin en moi, finissait par me convaincre que cela ne pouvait plus durer.

C’est l’érosion qui fait s’effondrer les falaises et s’écouler la boue. L’évènement est toujours soudain, brutal, immédiat, comme une cassure nette entre ce qui avant était uni et ce qui après était séparé. Quel contraste entre la conséquence brutale, et la patience de la cause qui la fonde. Il faut des années d’érosion pour rendre possible une seconde de fracas.

Je n’ai jamais aimé être nu. Le temps était venu de reprendre en main ce que j’avais si longtemps laissé à l’abandon, ma propre vie.

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Corruption

Il existe des hommes qu’un seul trait suffit à circonscrire, comme s’ils étaient tout entier contenu dans le cercle tracé d’une circonférence précise, indiscutable, et en définitive terriblement solide.

Pour la plupart des hommes, c’est la trajectoire ouverte entre ces deux extrêmes que sont la vie et la mort qui convient le mieux pour les décrire. Un tracé accidenté peut être, irrégulier, mais qui néanmoins progresse à mesure qu’avance le temps. Le cercle, pour sa part, établit non seulement cette prouesse inhumaine d’être à deux endroits simultanés au même moment, mais également celle de se refermer sur lui-même. S’il ne le faisait pas, il serait spirale. Et la spirale, c’est un cercle qui progresse dans le temps à la recherche de l’extrémité qu’il a oublié dans le passé.

Cet homme-là était tout entier contenu dans le cercle circonscrit de sa haine. Cette haine, chevillée à son corps, avait dévoré jusqu’au moindre souvenir de son enfance, tant celle-ci, innocente et heureuse en comparaison du présent, contredisait l’ordre nouveau qu’il comptait imposer au monde. Un homme-tronc, en ceci qu’on ne l’avait pas amputé de ses membres, mais de son cœur, et ce faisant, de ce qui fait d’un homme un homme, et non une chose.

D’une manière que je ne parvenais pas à m’expliquer, je me surprenais à lui envier cette sorte d’infirmité. Privé de toute raison d’être en dehors de celle qui animait sa haine, il me semblait hors du temps, immunisé à toute forme d’angoisse ou de questionnement. Il y avait de l’ordre dans son univers, qui avait pour horizon le cercle de son acrimonie, et qui était aveugle à tout ce qui ne pouvait tenir dans le diamètre de ce dernier. Un homme-tronc, jusqu’à l’objet même de son aversion, tant il était devenu anecdotique. C’était une haine qui se consumait d’elle-même, elle n’avait plus besoin du bois sec dont on fait les feux ordinaires et les passions froides.

La haine, même à ce stade avancé de corruption, je peux la comprendre, bien mieux que je n’accepte l’indifférence. L’indifférence, c’est de la haine qui a oublié d’éprouver une émotion. L’indifférence, c’est l’expression même de la médiocrité. Lui était loin d’être médiocre, bien au contraire. Entièrement voué à son seul projet – et quel autre projet aurait-il pu entreprendre que celui de mettre au monde les raisons pouvant justifier sa propre déchéance ? – Il mettait à son service son intelligence méthodique, et son caractère étanche au moindre fait pouvant instiller le doute en lui.

« Le doute, c’est le bois que l’on brule lorsque l’on dresse les buchers. » m’a-t-il dit un jour. Moi qui n’avais de certitude que celle d’être un passager clandestin du bateau ivre, comment aurai-je pu demeurer insensible à la force de séduction d’une telle conviction ? Un monde sans projet, c’est un monde sans objet. Lui, il en avait un, de projet. Et ce projet avait ce pouvoir d’attraction qu’a le radeau sur une mer déchainée tandis que sombre le navire de ses illusions. Combien en a-t-il séduit ainsi ?

Mais je n’ai jamais été l’homme du groupe, du collectif, de la masse docile et décidée. La foule m’est toujours apparue suspecte. L’homme aurait pu me convaincre, j’aurai pu croire en lui peut être, s’il avait mené au bout la logique de ce qui le dévorait, s’il avait laissé le cercle se réduire à sa plus simple expression, un point dans l’espace, au lieu de laisser l’action corrompre son étoile noire. C’était de pureté dont j’avais soif, d’une langue qui parle sans fard ni pudeur, combien même cette parole ne serait que du venin. La sienne est devenue politique, et son projet, un seul enjeu de compromis.

L’homme-tronc s’est laissé pousser des mains pour faire de grands gestes, et une bouche pour vociférer, et des jambes pour marcher en cadence. S’est-il rendu compte que ce faisant, en menant le combat contre le monde devenu l’objet de sa persécution, il avait rompu le cercle, et brisé la géométrie parfaite de la promesse que ce cercle contenait ? Ses certitudes étaient devenues de l’arrogance, et son arrogance, comme il se doit, s’est échouée sur les rivages d’un monde qui en avait vu d’autres.

Il existe des hommes qui d’un seul trait s’effondrent comme s’affaisse un ballon crevé, comme s’ils n’avaient pour épaisseur que la pression fictive du gaz contenue en eux. Ils achoppent sur les arêtes de la réalité, et ne connaissent pour habitat que le confort à même de préserver l’intégrité de leur personne. La haine est aussi un confort, une facilité, et de lui au moins, j’ai retenu cela.

Et tandis que sa dépouille, encore vivante, mais évidée de toute raison d’être, pendouille percé accroché aux branches, moi, je passe mon chemin.

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