Fais un effort. Ne te laisse aller ni à la facilité ni au confort. Je sais la douleur qui travaille ta chair, et le poids de ta peine. Tu n’es pas seule. Alors, fais un effort. Rejoins-moi.

Observe le doigt de celui qui te désigne, et les canons aveugles qui se pointent vers toi. Regarde la mort venir à nous, son sourire pâle et son regard vide. Entends l’abime qui s’ouvre sous nos pas. L’homme qui te jette ainsi en pâture dit « C’est l’ennemi qui nous désigne ! ». L’ironie lui échappe. L’homme qui te désigne dit « C’est l’ennemi intérieur. ». Il a raison, tu sais. L’ennemi est intérieur, intérieur en lui, intérieur en chacun de nous.

Regarde les hommes s’écrouler sous le poids de leurs propres contradictions. La bêtise embrase le monde. C’est la conjuration des imbéciles, de ceux qui ne savent pas que l’on ne sait jamais rien, que l’orgueil parle une langue morte et stérile.

Misérables, ils ne savent pas que l’on n’est riche que de ce que l’on a vécu, et non de ce que l’on possède. Misérables, et malheureux. La nuit les harcèle. Le sommeil les fuit. Éprouvée par le réel, la peur peu à peu contamine leurs cœurs. Ils ne sont pas à craindre, ils sont à plaindre.

Fais un effort. Ne te laisse aller ni à la facilité ni au confort. Ne te laisse pas corrompre par l’illusion d’être seule au monde. Tu ne l’es pas. Fais un effort.

Entends-tu par-dessous le brouhaha des cloportes le murmure des justes ? L’assourdissant vacarme recouvre le silence, mais si tu tends l’oreille, tu l’entendras tout de même. Un océan de silence, puissant et profond. Il submerge le bruit, recueille tes larmes, et atténue ta peine. Son onde allège le poids qui te pèse, son mouvement berce ton cœur. Bientôt, tu n’entends que son murmure qui te parle dans une langue qui n’a pas besoin de mots, une mélopée antédiluvienne.

Ce lieu, je te l’offre. Pour quand vivre te semble trop dur, pour quand l’ignorance t’étouffe, pour quand l’amour vient à manquer. C’est à toi, à moi, à nous de porter au monde cette lumière. C’est un lieu d’une grande solitude, et pourtant, il défait l’esseulement.

L’esseulement et la peur. L’irruption de la barbarie ne doit pas te surprendre. Le monde est barbare, il n’a jamais cessé de l’être, et le sera encore longtemps. Peut-être même qu’un jour la haine – celle-ci ou une autre – viendra nous faucher dans notre élan. Qu’importe la mort, si tu as bien vécu.

Fais un effort. Ne te laisse pas aller à la complaisance. Ne laisse pas ceux qui ne savent pas décider pour toi de ce que vivre signifie. Fais un effort, trace ton chemin.

Attends-toi à la douleur. Attends-toi à la perte. La vie est une chute. Souviens-toi que le sol s’approche, mais ne le regarde pas venir. Ne laisse pas l’abime priver ton cœur de la joie. Dis-toi que nous ne sommes rien de plus que des étoiles filantes, dérisoires et éphémères. Mais qu’il faut briller malgré tout.

Alors assèchent tes larmes, et tiens-toi debout. Écoute la douleur qui te traverse de part en part. Elle ne dit pas que le monde est absurde, au contraire. Elle ne dit pas que ce monde t’appartient, mais que c’est toi qui en fais part. Elle ne dit pas plus qu’il t’appartient de le sauver, mais que tu le sauves si tu te sauves toi-même.

Alors, fais un effort. Face à l’épreuve, ne te laisse aller ni à la facilité ni au confort. Ce qui t’attend au bout du chemin, fais-moi confiance, en vaut la peine.

Je t’y attendrai.

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