beau: adj m.

Se dit de la rencontre fortuite sur une table de dissection d'une machine à coudre et d'un parapluie...

Le dilettante…

Le petit prince s’est endormi sur mon torse. Je réajuste délicatement sa tête contre mon épaule droite, et attrape mon clavier de la main gauche. Un court instant, un léger vertige voile mon regard. Cette fois, je suis allé trop loin, et ce n’est pas l’heure de sommeil volé à la matinée qui pourra contribuer à rembourser ma dette.

Un instant, j’essaye de calculer à combien d’heures de sommeil s’élève mon dû ? En vain. Une idée, terrible, me traverse. Et si nous les payions en heures de vie en moins ?

Je délaisse vite cette idée. D’une part, parce qu’elle ne mènera nulle part. De l’autre, ce qui est fait est fait, et que rien ne sert de s’encombrer de regrets, en particuliers non fondées et superstitieux.

J’ouvre mon gestionnaire de projets, et contemple la douzaine de Todo-list qui s’affiche simultanément. Les trois quarts des taches clignotent en rouge, comme autant de reproches coupables d’abandons. L’image de la publicité pour le parfum « égoïste » me vient en tête. Une façade blanche me domine. Des dizaines de fenêtres aux volets fermées qui soudain s’ouvrent simultanément en un simulacre de danse synchronisé. Et ces femmes qui hurlent, invectivent, et qui toutes, simultanément, referment les volets et me laisse seul dans la rue déserte, face à la façade blanche immaculée.

Oui, je suis bel et bien exténué, c’est acté. Le sommeil devra attendre.

J’ai pris du retard. La mise en page de mon ebook est à faire, la relecture n’a pas commencé, la couverture n’est encore qu’un projet Gimp, la paperasse est à faire, je n’ai pas pris le temps de configurer mon hébergement wordpress…

J’ai pris du retard, c’était prévisible, mais ce n’est pas grave.

L’avantage de travailler pour soi, dans l’anonymat le plus complet, c’est précisément que personne n’attend de vous aucunes preuves de ponctualité. Pas de deadlines, pas de démonstrations, de prototypes à livrer, de brouillon à rendre. De cet exercice, je suis juge et jury, partie prenante de part et d’autres de la ligne des enjeux.

Le petit prince ouvre les yeux, dépose sa main encore minuscule sur ma joue, et entonne une mélopée comme pour mieux se bercer au son de sa propre voix. J’appuie sur ma jambe, le rocking chair se met en mouvement. J’essaie de synchroniser le va et vient avec le rythme de son chant.

Et puis, il y a le texte avec Cédric à conclure. Le portrait de Venise à dessiner, mon cours à préparer, et les milliers d’autres engagements, petits ou grands, qu’un homme accumule au fil du temps…

Le temps. Le temps me manque. Mais il en va ainsi de la condition humaine, la fuite en avant, la flèche du temps braqué dans le dos, et qui elle, attend son heure pour presser sur la gâchette. Nous passons notre vie à la perdre, mais c’est cette perte qui nous met en mouvement. Un prêté pour un rendu. Quand nous aurons perdu la mort, quand vieillir ne sera plus qu’un souvenir, qu’aurons-nous d’autres perdu en chemin ?

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1 Comment

  1. C’était une douce lecture. Malgré le temps qui me presse :)

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