De l’assurance, il n’en avait que l’allure. Evidemment, du haut de son mètre quatre-vingt-cinq, l’homme longiligne, vêtu d’un costume noir et d’un beau manteau cintré, au visage glabre et au regard perçant, peut sembler impressionnant de prime abord. Seulement voilà, le costume était prêt à porter, les ongles de sa main droite soigneusement rongés, et ses chaussures avaient visiblement connus des jours meilleurs.

L’assurance, ce n’est malheureusement pas une toge dont l’on peut se vêtir à volonté. Et à mes yeux, la seule assurance qu’il m’inspirait, c’était l’assurance d’être déçue à coup sûr. Oh, il était charmant, et sa conversation plaisante. Mais de lui, je savais déjà tout avant même qu’il ne prononce le moindre mot.

Combien d’hommes s’imaginent qu’il suffit de sortir une carte platinium, d’avoir un corps fin et élancé, ou encore de faire preuve d’une audace d’opérette, pour pouvoir séduire une femme comme moi ? L’audace, la voilà qui s’efface à la première difficulté. Le corps musclé est à la portée de n’importe quel idiot venu, encore faudrait-il savoir s’en servir. Et la carte platinium, la voici ridicule quand je sors ma carte infinite.

Je m’ennuie. Je ne trouve personne à ma mesure.

Ce n’est pas, je ne crois pas, que je sois difficile. Ces hommes si décevants, je les aime parfois. Je les aime, mais je me lasse. Suis-je la seule à ne pas souffrir la médiocrité de ces hommes si petits et de leurs rêves si grands ?

Je coupe court au diner. Il ne comprend pas, mais comme je ne suis pas cruelle, je prétends une journée chargée demain, et promet un prochain diner bientôt. Les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent. En homme prétendument galant, il me reconduit chez moi. En homme prétendument charmant, il me souhaite une bonne nuit. Mais je lis la déception dans son regard quand je ne l’invite pas à monter prendre un dernier verre.

Dans le hall de l’immeuble, enfin seule, je retire mes chaussures à talons, et prend l’ascenseur pieds nus. La clef dans la serrure produit une série de déclic familier et rassurante. Dans le salon, la fille de la voisine regarde une série américaine. Je lui demande si la soirée s’est bien passée, puis lui glisse un billet avant de la reconduire. En revenant dans le salon, j’éteins la télévision, puis me dirige vers les chambres.

Les soirs où je sors, ma fille dort toujours avec la veilleuse allumée. Je me glisse dans la pièce, caresse ses cheveux blonds, et dépose un baiser sur son front. En ressortant, je ne referme pas la porte de sa chambre. Elle dort mieux quand elle m’entend dans l’appartement.

La douche brule ma peau. Un temps, perdue dans les vapeurs d’eau, j’oublie l’homme au long manteau noir, les pavés humides de Paris, mon anniversaire qui approche, j’oublie même qui je suis devenue. Je me berce, et des images de mon enfance me viennent, sans ordre précis, ni raison d’être. Je me laisse faire, je pénètre en moi, et le monde devient bué, humide et chaud.

Quand enfin, je m’allonge au lit, je n’ai plus la force de lire. J’éteins la lampe de chevet, et l’obscurité envahit la chambre. Je ferme les yeux quand soudain j’entends la porte qui s’ouvre lentement. Une forme, maladroite, menue et chaude, se glisse dans le lit. Sans ouvrir les yeux, j’enlace ma fille, dépose sa tête sur mon épaule, et nous nous endormons ainsi, toutes les deux, comme seules au monde.

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