Le train traverse le majestueux paysage hivernal coréen à plus de 300 km/h. De part et d’autre, les vallées succèdent aux montagnes boisées. L’hotesse du sol, faute d’un meilleur mot, passe dans les rangs et s’assurent que tout va bien. Avant de quitter la rame, elle se retourne et effectue un léger salut de la tête. Dehors, le sol est à nu, recouvert d’une herbe jaunâtre, et les arbres dénudés, si bien que tout est couleur ocre et terre, comme si le paysage entier avait brulé entièrement jusqu’aux racines. L’Automne doit être absolument magnifique ici.

Ici, la matinée peine à dissiper la brume. En France, c’est le cœur de la nuit. L’âme voyage moins vite que le corps, si bien que j’expérimente cette dissonance si particulière, une sorte de jet lag émotionnel, ne pas être tout à fait ici, ni tout à fait là. Le balancement du train participe à cette étrange somnolence. Je me sens comme l’un des personnages d’Haruki Murakami, étranger à la fabrique de la réalité.

Il règne à Séoul aujourd’hui l’énergie que l’on devait éprouver à Tokyo à la fin des années 80. La Corée du Sud est un jeune pays, et une démocratie encore plus jeune. Ici, tout est neuf et frais, parce que peu de chose ont survécu au boom économique. Séoul, c’est une ville aux visages multiples, découpée en deux par la rivière, entre les quartiers Nord historiques et un Sud ultra moderne, mais également traversé de multiples collines et montagnes que séparent différents arrondissements. La ville s’étend, sans réel unité, et il est encore possible de voyager dans le temps d’un arrondissement à un autre.

Il règne comme une tension permanente entre la culture fortement Confucéenne qui règle la bienséance, et l’extrême modernité de ses infrastructures. Les Coréens travaillent, beaucoup, et vivent dans un environnement extrêmement compétitif. Tout est sujet à la compétition, les études comme le travail, l’amitié comme l’amour. Cette tension, ils s’en séparent la nuit venue, dans les innombrables bars et restaurants, qui semblent ne jamais désemplir une fois la nuit venue.

Je ne voyage pas par agrément, mais la convivialité y est un élément si important que ce que je fais de mes soirées à autant d’importance que ce que je fais la journée. Autour d’une bière, les langues se délient, et le vernis de moralité craque. Les regards se font complices, ou surpris, et on m’y raconte les nombreuses histoires de corruptions ou d’adultères, qui sont évidemment toujours le fait d’autres personnes.

Les plus âgées déplorent les mœurs dissolues des jeunes, les plus jeunes me parlent des difficultés pour trouver un mari ou une femme. Il y a un marché du mariage, les blind dates permettent à peu de frais de rencontrer des « candidats » qui correspondent aux critères sociaux correspondant : métier, famille, revenus. Tous sans exception déplorent l’envahissement de la belle famille. Tous sont surpris quand j’explique que je ne suis pas marié mais que j’ai un fils avec une femme qui elle pour sa part en a un second d’un précédent mariage.

On me montre des photos des différents bébés, je montre les vidéos du petit prince. Au fond, les enfants sont tous les mêmes.

Samedi prochain, fin du voyage d’affaire, mais je ne rentre pas directement à Paris. Direction Hong Kong, pour quelques jours, histoire de profiter du beau temps…

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