Ecrire, c’est une tâche qui, dans l’idéal, se conjugue mieux au quotidien. Peu importe le sujet, le fond ou la forme. Il faut, jour après jour, extraire de soi la matière noire propre à se laisser coucher sur le papier blanc. Qu’importe la qualité. Il y a les jours avec, et il y a les jours sans. C’est l’ascèse qui fait l’écrivain.

Moi, je suis un mauvais élève, l’un de ceux qui se reposent bien trop sur leurs acquis et leurs instincts, et qui, bon an mal an, passent à travers les mailles du filet. Je me fixe une règle, l’ascèse d’une écriture quotidienne, comme pour mieux la transgresser un peu plus loin. Presque malgré moi, la vie se charge de me retenir loin de ma tâche et de mes lois.

Nous nous ressemblons, vous et moi. Car exactement de la même façon que nous habillons nos actes des apparences du rationnel longtemps après avoir agi, nous nous trouvons à posteriori des excuses justifiant le fait de ne pas avoir donné libre cours à ce que l’on aurait pourtant aimé faire. Nous faisons sens après avoir fait tout court. Que quiconque ne s’est jamais laissé un jour aller à embraser des lèvres offertes par surprise pour, ensuite seulement, se demander le nom de leur propriétaire, me jette la première pierre.

C’est ainsi que nous maintenons notre cohérence. L’illusion d’un équilibre. Maintenir l’harmonie intérieure malgré les faits.

Quoi qu’il en soit, quiconque fait le choix d’écrire s’écrit soi-même à l’encre de Chine. Que j’écrive de la fiction, mes récits de voyages, des contes philosophiques, ou même mes états d’âmes, cela importe peu. Car dans tous les cas, voilà que je parle de moi, et en moi, c’est de vous dont je parle. Dans l’autre, en vérité, c’est soi-même que l’on recherche. En moi, c’est votre image qui en premier lieu vous intéresse.

Rassurez-vous, il en va de même pour chacun, même moi. Nous ne lirions pas par exemple les auteurs classiques, si nous n’y retrouverions pas quelque chose comme une résonnance entre soi-même et ce qui fut un jour écrit par un auteur décédé qui ne pouvait rien connaitre de nous. Rien d’anormale, au contraire.

La mécanique en est simple. Comme la longueur de l’ombre portée permet de mesurer la hauteur d’une pyramide, c’est à la mesure de ce qui de l’autre nous ressemble ou nous sépare, que l’on apprend à se connaitre soi-même. Nous n’avons de nous-même qu’une image partielle, décousue, et seule celles que les autres nous retournent nous renseignent et nous instruisent.

En d’autres termes, en parlant de moi, je parle de vous, car si je ne le faisais pas, vous n’auriez pas lu jusqu’ici. C’est l’un des nombreux paradoxes de cet art si particulier. Et en avoir conscience, c’est garantir l’humilité en toute circonstance.

Car je ne suis que le miroir sur lequel se reflète votre image…

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