Va et vient d’un même élan sombre, les pulsations de mon cœur battent la mesure d’une symphonie de silence, et d’un même mouvement, décomptent le vécu comme ce qu’il reste à vivre. Vivre, qu’est-ce à dire, bien peu de chose, un état temporaire de la matière organique, un état qui la distingue à peine du règne minéral.

Un hasard, mais ce hasard fonde tout, tout ce qui découle de nous.

Nous, à la fois source et embouchure d’un fleuve démesuré de signes, un écoulement permanent, où tout ce qui peut être signifié se voit marqué au fer rouge d’un signifiant. Nous baignons dans ce fleuve aux rives si éloignées l’une de l’autre que l’on pourrait se croire en pleine mer. Rejoindre la rive, c’est abandonner l’empire du signe. Ce qu’il s’y trouve ne peut se raconter.

Le monde est double, et nous produisons des signes comme autant de liens dans une vaine tentative d’unir ce qui est à ce qui est ressenti. Le signe est une monnaie d’échange dont nous ne pouvons pas connaitre la valeur, tant cette dernière est relative à chacun. Je t’offre mon amour, tu n’y perçois que de l’amitié. Ainsi va le monde, d’un malentendu à un autre.

Va et vient d’un même élan sombre, ce que je t’offre en échange n’est que l’ombre de ce qui me possède, et d’un même mouvement, symbolise l’offert comme ce qu’il reste à offrir. Offrir, qu’est-ce à dire, bien peu de chose, ce qui se possède, ne se possède que ce que dure la vie, une hypothèque sur ce qui n’est à moi que de nom, et non de fait.

Je ne possède rien qui ne soit digne d’intérêt, rien qui ne soit véritablement mien.

Peut-être est-ce pour cela que tout me semble factice et dénué de sens. Celui qui dit « Ceci est à moi… » oublie de dire « … tant que je vis, et que l’on ne me le retire pas de gré ou de force. » Combien de ses non-dits servent de fondations oubliées et profondes au règne de ceux qui se sont approprié le monde ? Et celui qui dit « Ceci est à moi… » n’oublie-t-il pas non plus de dire que « … ceci me possède. » ?

Le signe, c’est la marque de l’appropriation. Ce que nous nommons, nous en prenons possession, ne serait-ce que pour mieux se réjouir de cette illusion. Mais une illusion reste une chimère, et moi je suis en quête de vérité. Cet amour, celui que j’éprouve à ton égard, je ne veux pas lui donner de nom. Je ne te veux pas mienne. Je préfère aimer en vain que de te perdre.

Va et vient d’un même élan sombre, mes mains offrent à voir le triste spectacle de l’abandon, et d’un même mouvement, mesurent la distance comme ce qu’il reste à parcourir.

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