beau: adj m.

Se dit de la rencontre fortuite sur une table de dissection d'une machine à coudre et d'un parapluie...

Date: 21 February 2014

Hong Kong

Hong Kong, voilà bien la dernière grande métropole en Asie que je n’avais pas pu visiter jusqu’à présent. J’ai vu Shanghai frénétiquement changer, creuser des lignes de métro comme si le sol était fait de pâte à modeler, et devenir une ville verticale vertigineuse. Mais je n’avais jamais eu ni le loisir ni l’opportunité d’aller à Hong Kong. Quelques années plutôt, j’étais bien passé à Shenzhen, de l’autre côté de la frontière, mais mon visa a entrée unique, et un rendez-vous à Pékin deux jours plus tard, m’interdisait cette escapade.

Hong Kong, l’improbable ville à la croisée des mondes, la capitale de toutes les aventures, le port où ont échoué pirates, aventuriers, réfugiés et triades.

Accroché à son ilot montagneux aux climats exotiques, la vue du pic Victoria sur la baie a du autrefois offrir une vue improbable. Les jonques aux voiles rouges ont aujourd’hui cédé la place aux navires voiliers de plaisance, et aux navires tankers, transporteurs de containers et autres navires marchands. La baie a été percée en son flanc de nombreux tunnels, et traversée par de nombreux ponts, si bien que peu sont ceux qui utilisent vraiment le ferry pour traverser l’étendue d’eau émeraude.

Hong Kong est un port, et donc accueille tout un monde en son sein. Mais en traversant l’ile principale dans le tramway, on constate à quelle point cette ville est Chinoise. De l’héritage Anglais subsiste encore de nombreux indices, mais en s’enfonçant loin des quartiers riches, à Wan Chai, ou même au-delà de North Point, on se retrouve en Chine, avec tout ce que cela implique de bon comme de mauvais.

De la Chine, j’ai éprouvé tous ses contrastes, ceux qui jettent dans la même rue de ces mégapoles de riches entrepreneurs en Lamborghini jaune criard croisant la route de pauvres errants, venues de lointaines campagnes. Hong Kong n’échappe pas à cette rencontre des genres, tout au plus la teinte-t-elle d’une couleur plus civilisé, plus britannique.

Et le Dimanche, des profondeurs de la cité semblent jaillir une armée de femme, philippine ou malaisienne. Elles prennent littéralement d’assaut les parcs, les rues, les passages suspendues, et s’installent partout en groupe pour partager leur seule journée de repos. Ce sont les nounous, les bonnes, les femmes de ménage, qui le Dimanche sont prié de vidé les lieux que la semaine elles soignent. A cette vue, incroyablement humaine et hétéroclite, on prend la mesure de ce que Hong Kong a de démesuré.

Hong Kong, c’est une démesure, une ville où des tours plus hautes que les montagnes s’accrochent à ses flancs abrupts. Au détour des rues, la nature lutte pour reprendre ses droits. Les arbres banyans enserrent les murs de leurs racines profondes, tandis que plus loin de gigantesques machines dantesques vides et rechargent des navires dont le flux ne cesse jamais.

Pourtant, une sensation de torpeur semble s’être abattue sur cette ville. Tenace, cette impression qu’Hong Kong vit au ralenti, encore poussé par l’inertie d’un passé glorieux. Si cette ville bat d’une pulsion qui rends Paris monotone en comparaison, elle me semble lasse elle-même comparé à Shanghai et son déversement d’investissement. Hong Kong, la mal-aimée de la Chine, peut-être.

La nuit venue, en m’enfonçant dans la forêt sur les hauteurs du pic Victoria, je pense à ce que cette ville fut, et à ce qu’elle sera demain. Voyager seul, c’est gouter la liberté de rester absolument maitre de son temps et de son destin. Une poignée de centaines de mètre plus bas, Hong Kong s’enfonce dans les brumes électriques d’une nuit noire.

0
Partagez votre lecture:

Corée…

Le train traverse le majestueux paysage hivernal coréen à plus de 300 km/h. De part et d’autre, les vallées succèdent aux montagnes boisées. L’hotesse du sol, faute d’un meilleur mot, passe dans les rangs et s’assurent que tout va bien. Avant de quitter la rame, elle se retourne et effectue un léger salut de la tête. Dehors, le sol est à nu, recouvert d’une herbe jaunâtre, et les arbres dénudés, si bien que tout est couleur ocre et terre, comme si le paysage entier avait brulé entièrement jusqu’aux racines. L’Automne doit être absolument magnifique ici.

Ici, la matinée peine à dissiper la brume. En France, c’est le cœur de la nuit. L’âme voyage moins vite que le corps, si bien que j’expérimente cette dissonance si particulière, une sorte de jet lag émotionnel, ne pas être tout à fait ici, ni tout à fait là. Le balancement du train participe à cette étrange somnolence. Je me sens comme l’un des personnages d’Haruki Murakami, étranger à la fabrique de la réalité.

Il règne à Séoul aujourd’hui l’énergie que l’on devait éprouver à Tokyo à la fin des années 80. La Corée du Sud est un jeune pays, et une démocratie encore plus jeune. Ici, tout est neuf et frais, parce que peu de chose ont survécu au boom économique. Séoul, c’est une ville aux visages multiples, découpée en deux par la rivière, entre les quartiers Nord historiques et un Sud ultra moderne, mais également traversé de multiples collines et montagnes que séparent différents arrondissements. La ville s’étend, sans réel unité, et il est encore possible de voyager dans le temps d’un arrondissement à un autre.

Il règne comme une tension permanente entre la culture fortement Confucéenne qui règle la bienséance, et l’extrême modernité de ses infrastructures. Les Coréens travaillent, beaucoup, et vivent dans un environnement extrêmement compétitif. Tout est sujet à la compétition, les études comme le travail, l’amitié comme l’amour. Cette tension, ils s’en séparent la nuit venue, dans les innombrables bars et restaurants, qui semblent ne jamais désemplir une fois la nuit venue.

Je ne voyage pas par agrément, mais la convivialité y est un élément si important que ce que je fais de mes soirées à autant d’importance que ce que je fais la journée. Autour d’une bière, les langues se délient, et le vernis de moralité craque. Les regards se font complices, ou surpris, et on m’y raconte les nombreuses histoires de corruptions ou d’adultères, qui sont évidemment toujours le fait d’autres personnes.

Les plus âgées déplorent les mœurs dissolues des jeunes, les plus jeunes me parlent des difficultés pour trouver un mari ou une femme. Il y a un marché du mariage, les blind dates permettent à peu de frais de rencontrer des « candidats » qui correspondent aux critères sociaux correspondant : métier, famille, revenus. Tous sans exception déplorent l’envahissement de la belle famille. Tous sont surpris quand j’explique que je ne suis pas marié mais que j’ai un fils avec une femme qui elle pour sa part en a un second d’un précédent mariage.

On me montre des photos des différents bébés, je montre les vidéos du petit prince. Au fond, les enfants sont tous les mêmes.

Samedi prochain, fin du voyage d’affaire, mais je ne rentre pas directement à Paris. Direction Hong Kong, pour quelques jours, histoire de profiter du beau temps…

0
Partagez votre lecture:

© 2018 beau: adj m.

Theme by Anders NorenUp ↑