Tout homme naît trois fois.

La première, lors de notre venue au monde, alors que l’innocence nimbe encore notre corps, et que tout nous apparaît ou neuf et moderne, ou ancien et mystérieux. Dans ce monde primitif, tout est émotion pure, tout est maintenant ou jamais. La lumière elle-même revêt un éclat qu’elle n’aura plus jamais à nos yeux une fois passé cet âge. Cette découverte de l’univers est notre premier voyage, le voyage vers la lumière.

Notre seconde naissance a lieu lorsque nous prenons conscience que nous possédons une conscience, et que cette conscience est langage, et que ce langage est symbole. Au moment on nous appréhendons la mécanique même de nos pensées, quand nous sommes à même d’observer nos propres émotions comme le ferai un tiers, c’est alors que nous chutons dans l’abime introspectif, le voyage vers les ténèbres intérieures.

Et quand cette chute prend fin, alors nous naissons pour la dernière fois. Et tout au fond de l’abime repose la conscience de la mort qui nous attends, et du caractère éphémère de la vie. La morsure de la flèche du temps progresse inexorablement vers notre cœur. Vivre alors, c’est savoir que tout nous sera dépouillé, que dans 10000 ans de cela il ne subsistera rien de nous, ni langage, ni vestige, ni culture, ni mémoire, et pourtant, vivre quand même. Vivre debout. Vivre. Ne jamais céder au nihilisme, car si tout est éphémère, rien n’est vain.

L’homme alors entame son dernier voyage, le voyage vers l’absolution.
Et l’absolution, c’est être dépouillé de tout, et pourtant tout avoir.

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