Si vous êtes parents, vous êtes sans doute familier de l’expression suivante, « Avant j’avais des principes, maintenant j’ai des enfants. » Et à elle seule, cet adage explique parfois tout le caractère irrationnel, ou à tout le moins paradoxale que l’on peut observer parfois chez les parents, le pire étant bien entendu le désormais triste « Faites ce que je dis, pas ce que je fais », si souvent dénoncé quand il fait office d’hypocrisie.

Prenons un peu de recul, et observons les faits suivant.

Si nous avons la chance de vivre dans un pays où nous naissons libre et égaux en droits comme en devoirs, nous ne sommes pas égaux en fait. D’un individu à un autre, ni les possessions, ni lui compétences, ne sont égales. Et les aspirations le sont encore moins.

Le résultat net de cet état de fait est que nous sommes plongés dans un monde globalement inégal, et probablement relativement injuste. Et si nous partageons tous le désir d’améliorer cette déplorable situation, nous devons tous, au quotidien, faire face aux problèmes que cela nous pose personnellement.

Et si nous postulons qu’assurer l’avenir de ses enfants passe par leur donner la meilleure éducation possible, j’ai du mal à reprocher aux parents qui font ce choix de placer leurs enfants dans des établissements privées, ou de leur permettre d’accéder à diverses activités couteuse – et donc sélective socialement.

Si on élargit encore cette pensée, on constate aisément que cette dissonance entre les valeurs prônées et le comportement effectif dépasse le seul cadre de l’éducation. Nous sommes tous pour une meilleure redistribution du capital, du moment que l’on ne puisse pas dans nos économies mais dans celle des autres, supposée plus riche que soi. Nous sommes tous pour une meilleure mixité sociale, du moment que d’autres vont vivre dans les HLM. Nous sommes tous pour la suppression des niches fiscales, ou des petits privilèges réelles ou supposés des fonctionnaires ou des employés des grands groupes, du moment que l’on fasse exception de ceux qui nous sont accordée et dont nous bénéficions.

En d’autre terme, nous sommes tous pour un monde plus égalitaire, du moment que nous nous en sortions un petit peu mieux que les autres.

Certains dénoncent les effets pervers de cette pensée. « Oui, car si tout le monde agit comme ça, On ne peut pas s’en sortir !» me direz-vous. Et voici comment par exemple qu’un groupe de voisins, très généreux par ailleurs, et bon citoyen sous tous les aspect, protestent contre l’ouverture d’un foyer d’accueil pour SDF au bout de la rue. Voici que des gens très bien, très ouverts et croyants, descendent dans la rue pour protester contre le mariage pour tous. Voilà que des Smicards, qui vivent chichement et avec difficultés, vont voter pour des politiciens riches, afin de faire limiter les droits des bénéficiaires du RSA.

Cette dénonciation, dire à quelqu’un qu’il pense « mal » – indépendamment du fait que cela soit vrai – n’est ni constructive, ni utile. A vrai dire, cette critique forme le socle d’une pensée totalitaire, qu’il vaux mieux laisser à ses adversaires.

Alors, au lieu de regretter que des citoyens exhibent ses comportements, nous devrions au contraire œuvrer sur la source du problème. Le problème n’est pas de limiter le RSA, le problème à résoudre c’est que trop de personne n’ont pas d’autres alternatives que d’en dépendre. Le problème n’est pas le mariage pour tous, mais de réaffirmer une fois pour toute l’absolue égalité entre les hommes et les femmes vis-à-vis de la république, et cela indépendamment de leurs choix affectifs ou religieux. Le problème n’est pas d’accueillir les SDF, le problème est encore d’avoir des SDF en France en 2014.

Et de même, le problème n’est pas que certains parents fraudent avec la carte scolaire, mais plutôt que l’école publique, dans certains endroits, ne puisse pas assurer décemment sa mission.

Alors, je ferai ce que j’ai à faire, œuvrer d’une part à un monde plus juste, et protéger de l’autre mes proches tant que le monde ne le sera pas. Et je ne crois pas que cela soit antinomique, au contraire. Il ne s’agit pas de penser du monde à l’individu (être de gauche), ou de l’individu au monde (être de droite), mais d’être humain.

0
Partagez votre lecture: