Hier, je lui ai demandé s’il voulait m’épouser, et il m’a répondu « Si tu veux ». Il a répondu comme ça, comme on répond à la caissière du supermarché qui demande si l’on veut des sacs plastiques. Alors, j’ai insisté. « Pourquoi ne m’as-tu jamais demandé ma main » ?

Il a gardé le silence. Un de ces silences qui en disent long.

Hier, j’ai mis un terme à une histoire qui aura duré 5 ans, Cinq longues années d’amour tiède et rationnel. Et à vrai dire, je ne ressens ni tristesse, ni regret. Seulement de la colère, celle d’avoir perdu mon temps, celle de ne pas avoir su faire preuve de courage plus tôt. De la colère, beaucoup, du soulagement, un peu.

Il fait froid dans ma chambre. Le chauffage peine à repousser les assauts de l’hiver, et la faible lumière de ma liseuse ne dissipe pas les ténèbres. Ou alors c’est parce que l’hiver a pris d’assaut mon cœur, je sens les vagues de froid se propager dans mes veines.

Le froid, et l’insomnie. Je reste allongée, il est deux heures. Je me retourne, il est trois heures.

Demain, j’aurai 30 ans. C’est bête, parce qu’au début, je m’en suis voulue un peu d’avoir cassé ce qui aurait bien pu attendre un jour ou deux de plus. J’ai cru que cela ne me ferai rien, que je pourrai me passer de cet anniversaire. Une date, comme les autres, ni plus, ni moins.

Mais quand j’ai voulu prendre mon téléphone pour prévenir mes amies, je me suis rendue compte qu’il n’y avait plus personne à l’autre bout du fil. Les filles se sont toutes mariées ou casées récemment, Marie a accouché il y a un mois, Hélène est en Australie avec son mec, Samya est super occupée depuis qu’elle a rejoint son cabinet d’avocat…

Ce n’est pas qu’elles n’aient pas leurs problèmes aussi… On sait toutes que ce n’est pas facile… C’est juste, qu’avec le temps, on se voit moins… On se parle moins…

Et là, je ne me voyais pas leur dire que je m’étais séparée…

Je crois que c’est à ce moment-là que j’ai vraiment réalisé. En rentrant chez moi, et en regardant ma liste de contact sur le téléphone mobile. La liste, je l’ai parcouru, deux ou trois fois au moins. Et puis, la solitude m’a envahi.

Et ce n’est qu’à ce moment-là que j’ai commencé à pleurer.

J’ai toujours été convaincue que si je me laissais porter par la vie, tout se passerait bien. Je me disais que je trouverai un homme gentil, qui m’aimerait telle que je suis, un métier intéressant au moins même si je n’ai jamais su faire preuve d’ambition ou d’un quelconque talent, et que je mènerai ainsi une vie ordinaire mais agréable.

Est-ce trop demander ?

Cinq heures. L’impasse. Je comprends désormais que je suis en train de rater ma vie, qu’elle est en train de passer à côté de moi, outrée de ma suffisance. Je crois que la vie est injuste… Non, pas injuste, indifférente… Je crois que j’ai commis une erreur fondamentale, et que cette erreur m’a conduite dans l’impasse.

Alors depuis deux nuits, je déroule la bobine de ma vie, à la recherche du point d’inflexion, ce moment fatal qui m’a mené à ce point précis de l’espace et du temps… Je ressasse des choses, je me construis des regrets pour ne pas avoir à affronter l’implacable jugement du temps, le caractère définitif d’un passé que je ne peux pas réécrire.

J’en veux à des personnes qui ne font plus partie de ma vie depuis longtemps. J’en veux à celles qui auraient pu me prévenir et qui ne m’ont rien dit. J’en veux à celles qui m’ont prévenu et qui n’ont su trouvé les mots justes pour que je les comprenne. Et puis, quand j’ai fini de leur en vouloir, je m’en veux à moi-même de ne pas être devenu celle que je n’ai su être.

Je pleure. Ça ne sert à rien. Je pleure quand même.

L’aube finit par se lever. Petit à petit, des ténèbres à la pénombre, les objets dans ma chambre reprennent consistance. Mais la seule chose qui s’éclaircisse, c’est la chambre. Moi, au contraire, je finis de sombrer dans un sommeil qui n’apporte ni l’oubli ni la sérénité.

Je m’enfonce en moi-même. Et il ne s’y trouve rien de bon.

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