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Se dit de la rencontre fortuite sur une table de dissection d'une machine à coudre et d'un parapluie...

Le rouge et le noir

Le petit prince vient de fermer les yeux, mais ses éclats de rires, jeunes et cristallins, résonnent encore dans la chambre. Cette semaine, il a appris à maitriser les quatre pattes, et à s’asseoir tout seul. En haut, j’ai abandonné les travaux pour sécuriser la mezzanine. En bas, la terreur joue en ligne sur son serveur de Minecraft avec ses copains du collège.

De toute façon, ce fut l’une de ces journées où l’on n’est pas tout à fait là, quand une part de soi refuse de céder au moment présent et au quotidien. Voilà, j’ai l’esprit ailleurs, préoccupé par une idée qui est jacente mais que je peine à articuler.

Et cette idée se compose de deux mots clefs : la condescendance et le mépris.

La condescendance est un risque qui nait lorsqu’une relation entre individus est articulée autour d’une notion de hiérarchie : l’enseignant et l’élève, le manager et les collaborateurs, le chef de chantier et les maçons, le savant et l’ignorant, le politicien et l’administré, un père et son fils, et ainsi de suite. Dès lors qu’est établi ce rapport, il existe un déséquilibre inhérent qui, s’il n’est pas maitrisé, peut dégénérer dans une attitude de condescendance, c’est-à-dire un jugement de valeur.

Que nous ayons tous à un moment ou à un autre été victime de condescendance, cela ne fait que peu de doute. J’en ai été victime plus d’une fois, et doit probablement à mon égo démesuré le fait qu’elle n’ait somme produite en moi que de la colère.

Non, la vraie question, et celle qui quelque part m’obsède, c’est est ce que moi, je fais preuve de condescendance.

On dit souvent qu’il existe deux formes de condescendance, l’une stupide car basé sur une supériorité supposé et non réelle (certains racismes sont des condescendances), et l’autre à tout le moins justifié par la supériorité réelle de la personne condescendante.

Laissons de côté la condescendance des imbéciles, c’est-à-dire celle de ceux qui l’exhibe sans pouvoir prétendre le mériter. L’autre forme est plus riche.

Quiconque cède à une passion, quelle qu’elle soit, encourt le risque de devenir condescendant envers ceux qui ni ne la partage, ni n’en maitrise les arcanes, ni ne souhaite investir le temps nécessaire pour en acquérir la maitrise. Alors on dit que les personnes intelligentes sont souvent condescendantes par nature.

Les pauvres, vous comprenez, les autres sont si lents.

Moi, je crois au contraire que la condescendance est un naufrage. Et plus la condescendance vient de haut, plus spectaculaire le naufrage. Il y a des Titanic de la condescendance. Car faire preuve de condescendance, c’est bel et bien descendre au niveau des cons. Et plus vous êtes sensé être supérieur, plus la condescendance vous condamne.

Je me méfie de la condescendance, de celle qui dort en moi comme de celle que je vois parfois à l’œuvre chez les autres. Elle est non seulement négative, car elle touche la victime en cela qu’elle la rabaisse, mais elle est également contre-productive, au sens où en général s’il existe une raison de subordination c’est pour mieux atteindre un certain objectif, et non établir du pouvoir.

La réponse naturelle à la condescendance, c’est le mépris. Le mépris, c’est l’émotion que l’on ressent lorsque l’on souhaite faire chuter une personne de son piédestal réel ou supposé. Par le mépris, la personne brise le lien qui le liait au condescendant. Au mieux, une remise en place à lieu. Au pire, le respect cède la place à l’injure.

Mais le mépris en tant que tel ne vaut guère mieux. D’une part parce que certaines personnes font preuves de mépris systématique. Et de l’autre parce qu’une fois la relation passée à l’acide du mépris, les dégâts sont considérables.

La seule attitude qui me semble appropriée face à la condescendance, c’est la mise à distance, c’est-à-dire remettre en perspective l’objet de l’enjeu (toute relation est enjeu).Les émotions violentes voilent la forêt qui se cache derrière l’arbre. Soudain, un détail devient particulièrement signifiant, et occupe tous le champ de vision. C’est un mécanisme naturel, qui a sauvé bien des vies pendant les guerre,s ou face aux bêtes sauvages, mais qui est archaïque et dépassé dans le monde contemporain.

Mettre en perspective, c’est inscrire l’enjeu dans le temps. En d’autres termes, déterminer ce qui est plus bénéfique vis-à-vis de soi et de ses objectifs : monter au conflit ou laisser le condescendant se complaire.

Quoi qu’il en soit, la condescendance est une violence, et comme toutes les violences, elles ont vocation à disparaitre complètement de notre société. Alors, quand j’assiste à une condescendance, je me demande si moi aussi, je ne fais pas preuve de condescendance envers autrui…

Et je ne suis pas sûr d’aimer la réponse.

       
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2 Comments

  1. Il y a la condescendance, puis le mépris et enfin l’indifférence qui est la forme ultime du mépris ..
    Dans ce bal des vanités humaines jusqu’où pouvons-nous descendre. Il me semble que tout ceci est tout de même moins négatif que la haine.

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