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Se dit de la rencontre fortuite sur une table de dissection d'une machine à coudre et d'un parapluie...

Date: 27 January 2014

Résilience

Elle n’avait jamais aimé autre chose que l’idée même d’être amoureuse. Peu importait l’objet de son amour, homme ou femme, du moment que ce dernier ne venait pas jeter de l’ombre à la lumière de ses émotions. Elle aimait comme on s’habille, avec bon gout et sophistication, mais sans jamais connaitre le dur lien de l’attache.

Cela lui allait bien au fond. Ce petit air frivole, cette passion dévorante pour un prénom qu’elle aura oublié demain. Vous auriez tort de la juger. Au contraire, cette inconstance fondait en elle une remarquable résilience.

Quant aux divers objets qui ont eu sa faveur, quand ils ne connaissaient pas par avance le sort qui les attendaient, ils lui ont bien vite pardonné. On peut être adorable, même quand on est insaisissable.

Moi aussi, je lui ai pardonné. Non pas d’avoir été l’objet de son amour, mais au contraire, de ne jamais l’avoir été. De tous ces amants, nul ne l’a aimé autant que j’aurai pu le faire. De moi pourtant, elle n’a jamais pris la peine de faire une conquête.

Je me serai livré volontiers à sa passion pour l’amour, quitte à ne devenir que l’objet de transition entre elle et elle-même. De ce monologue sentimental, j’aurai bien su grappillé quelque chose, et le modeler en ersatz de tendresse. J’aurai cédé quand elle l’aurait voulu, et tenu quand il le faut. Peut-être même aurait je pu la retenir plus longtemps.

Combien même n’aurait-elle aimé qu’elle même à travers moi, je l’aurai aimé pour deux.

Au fond, nous n’aimons pas mieux que ce que nous échappe. Rien ne subsiste entre nos mains, tout glisse, s’évapore, s’effrite, se délite ou disparait, même nous. Peut-être ne l’ai-je ainsi aimé qu’à la mesure de son indifférence ?

Quoi qu’il en soit, ce qui ne s’est pas fait ne mérite pas le regret. Et même mon amour, celui que j’éprouvais pour elle, tombe aujourd’hui en poussière. Et le souvenir d’avoir aimé n’égale en rien l’amour.

L’amour, le vrai, ne se remémore pas, il se vit. L’amour, le vrai, elle qui le désire tant ne l’a jamais vraiment vécu.

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La politesse des assassins…

Madame,

Vous ne me connaissez pas, ni ne m’avez jamais croisé. Il ne me semble pas vous avoir causé de tort, ou alors cela serait bien malgré moi, auquel cas je vous prie d’accepter mes plus sincères excuses. Nous sommes, l’un pour l’autre, les plus parfaits inconnus.

Et pourtant, vous allez m’assassiner.

Bien que cette pensée me répugne, je dois bien admettre qu’un certain effroi s’est saisi de moi lorsque l’on m’a rapporté votre sinistre projet. Je ne prétends pas être l’homme que je ne suis pas, j’ai commis de nombreuses fautes, la plupart du temps par maladresse, mais aucune de ces erreurs ne me semble mériter la peine de mort.

Donnez-moi au moins une chance de me défendre. Donnez-moi une chance sinon de connaitre le nom de mon bourreau au moins de savoir celui de mon crime.

Je sais que vous êtes une femme, je sais que vous êtes sérieuse, qu’il ne s’agit pas d’un chantage, et vous savez également que la police ne m’a pas prise au sérieux.

Je préfère croire que vous n’êtes pas l’une de ces trop nombreuses folles que notre société laisse livré à eux même. Je me refuse de me croire victime du seul hasard aveugle. J’espère que vous lirez cet encart dans ce journal, ou que l’on vous en parlera.

Ne prenez pas la vie d’un homme à la légère….

Cordialement.
CyT.

—-

Monsieur,

Vous ne me connaissez pas, ni ne m’avez jamais croisé. En cela, il est juste de penser que vous ne m’avez pas causé de tort, en tout cas pas à moi, si bien que je n’ai que faire de vos excuses. Nous sommes, l’un pour l’autre, les plus parfaits inconnus.

Et pourtant, je vais vous assassiner.

Bien que cette pensée me répugne, je dois bien admettre qu’un certain effroi s’est saisi de moi lorsque j’ai conçu moi sinistre projet. Je ne prétends pas être la femme que je ne suis pas, j’ai commis de nombreuses fautes, la plupart du temps par maladresse, mais aucune de ces erreurs ne m’a préparé à asséner la peine de mort.

Je ne vous donnerai pas une seule chance de vous défendre. Vous ne connaitrez ni le nom de votre bourreau ni celui de votre crime.

Je sais que vous êtes coupable, je sais que vous savez, qu’il ne s’agit pour vous que d’une posture, et vous savez également que la police ne m’a pas plus que vous prise au sérieux.

Je préfère croire que vous n’êtes pas l’un de ces trop nombreux fous que notre société laisse livré à eux même. Je me refuse de vous croire victime du seul hasard aveugle. J’espère que vous réalisez que vous seul avez bâti votre chute, et que personne ne vous regrettera.

Ne prenez pas l’avis d’une femme à la légère….

Cordialement.
H.O.

Ce texte s’inscrit dans le cadre du jeu d’écriture proposé par venise3. Voici la liste des autres participants:

http://motspourlecrire.canalblog.com/archives/2014/01/25/29038079.html

http://rienaredire.wordpress.com/2014/01/26/correspondance/

http://123christophe456.wordpress.com/2014/01/27/correspondance/

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