Ne vous fiez pas à mon sourire, il n’est que le fruit de la lente corrosion qu’a été ma vie jusqu`à présent. Une atroce corruption, une lèpre qui ne dit pas son nom. Si ce sourire vous illumine, ce n’est que pour mieux détourner votre regard du mien. Dans mes pupilles, vous ne trouveriez que des abimes glacées.

Ne vous fiez pas à ma chaleur, ce n’est que la brume qui encercle et circonscrit mon cœur gelé. C’est un soleil noir qui pulse dans mon torse, un trou de ver qui absorbe tout, sans jamais rien ne rendre d’autre qu’un silence sans réponse.

Ne buvez pas à mes lèvres, l’eau qui en coule est poison. Je ne suis pas oasis, mais au contraire, un mirage mortel, un merveilleux appât pour les sables mouvants de mes mots. Ne posez pas le pied chez moi, déjà sous vos pas le sol se dérobe.

Je ne suis pas un homme bon. Je n’ai d’ailleurs que le vague souvenir d’avoir été un homme un jour. Et encore, je crois que je préfère l’oubli à la souffrance de ne plus être ce que je fus.

Je ne suis pas un homme. Je ne le suis plus. Je suis déterminé.

Je ne suis pas. Ne pas être.

Ne pas être au monde, voilà ce qui rend les choses si simples. Je peux apparaitre merveilleux parce que c’est exactement ce que je suis, une merveille, une chimère, une histoire. Je peux paraitre au-delà de toute perfection précisément parce que j’en suis l’exacte antithèse.

Ne pas être un homme. La plus simple des choses. Je ne suis pas abouti.

Ne pas être un homme bon. Mon cœur n’est qu’une citadelle à ciel ouvert, une ruine dont les habitants ne sont même plus des murmures, une cité dont on a oublié le nom. Il n’y a rien de bon en moi, pour la simple raison qu’il n’y a rien.

Je ne suis que la représentation fonctionnelle d’une imposture, une déité païenne, une gloire sans propos.

L’ironie, la vraie, c’est que vous ne croirez pas un seul de ces mots. Vous passerez outre le malaise que cela vous inspire. Vous en avez trop lu déjà, le mirage est trop beau. Vous verriez luire les dents du lion que vous penseriez encore qu’il vous fait un sourire.

L’ironie, c’est que de tout ce que je peux écrire, de tout ce que j’ai écrit ou écrirai, ces mots sont de loin les plus justes. Ecoutez la fièvre qui circule entre ses lignes, vous pouvez presque en gouter le parfum de métal sulfuré en bouche.

Ecoutez votre intuition, qui vous souffle de fuir. Elle, elle sait le potentiel de destruction qui sommeil entre mes doigts. Ne vous fiez pas à mon sourire enjôleur, à ma chaleureuse bonté, à mes manières cultivées, à mes gentilles histoires.

Je suis un sale type, et si je vous tiens à distance, ce n’est pas pour me protéger moi.

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