En ce premier jour de la nouvelle année, une chape grise coiffe Paris jusqu’aux horizons. La lumière, sombre mais diffuse, peine à traverser les grandes baies vitrées. Un clair-obscur diffus règne partout, et même la voix de Tierney Sutton que diffuse la radio peine à réchauffer la pièce.

C’est l’hiver, comme il se doit. Et un jour comme aujourd’hui, la chaleur se mesure aux vœux que l’on fait et que l’on reçoit. Les vœux s’échangent comme une monnaie. Certain, le cœur gros, mais les poches pleines, en font abus. C’est que les vœux n’engagent à rien. Ils sont gratuits, et ne coute rien. A l’inverse des résolutions.

Cette nuit, j’écrivais, taquin, que les résolutions engagent ceux qui les font, et que les espérances font le lit des déceptions. Et c’est vrai que celui qui rien n’espère ne saurait être déçu de ne rien recevoir. Mais il faut en toute choses être honnête, rien ne se passe si nul ne l’a souhaité, et à l’origine de toutes les conséquences se trouvent la cause de la volonté.

De causes en conséquence, les effets se propagent sur la réalité. Et s’il vaut mieux faire vœux d’obtenir ce que l’on souhaite, ce qui nous arrive est bien souvent le fait d’une autre volonté que la nôtre. Notre volonté nous anime, nous met en mouvement, mais la pierre qui chute à l’eau crée des vagues qui se propagent d’une berge à l’autres.

Nous sommes tous dans le même bain.

Les résolutions ont ceci de bon donc qu’il faut être résolu à l’inconséquence. Faire vœux, et advienne que pourra. Toutefois, une évidence salutaire doit être mise au jour. Ceux qui espèrent être heureux un jour ne le seront jamais.

Du bonheur, tout a été dit, tout et son contraire. L’addition des deux s’annule, il ne reste rien. Du bonheur, rien n’est su. Si ce n’est qu’il ne faut pas écouter le prêche de ceux qui savent ce qui est bon pour vous. Comme de par hasard, à les écouter, votre bonheur ferait bien leur affaire à eux. Du bonheur, ce qu’ils ont à vendre n’est que le lot de consolation, les plus gonflés même vont jusqu’à prétendre que le bonheur serait en vérité d’outre-tombe.

N’écouter pas ceux qui disent comment être heureux. Ecouter plutôt ceux qui vous disent comment être malheureux, eux au moins sont utiles.

Le bonheur n’est pas objet, il ne s’accumule pas, il se vit. Le bonheur ni ne s’achète ni ne s’approprie, comme l’eau entre les doigts il coule. Surtout, surtout, le bonheur ni ne se désir ni ne se recherche, car il est le dommage collatéral d’une vie bien menée.

Alors, si être heureux est souhaitable à chacun, et si nulle définition ne peut être commune sauf à la rendre pauvre et réductrice, comment parler du bonheur ? Je suis de ceux qui n’en parlent pas. Le bonheur s’invite et se retire à ma table, sans faire part ni égard pour la bienséance.

Le bonheur est une éternelle inconstante, mais il me semble, fidèle à ceux qui le ceux envers eux même. Et être heureux, c’est toujours garder un couvert dressé à sa table pour quand le bonheur nous fait la joie de s’inviter.

Un temps, mon regard s’égare sur le tableau qu’offre à moi le ciel aux multitudes de nuances grisâtres. Je souris, me souvenant que ni le noir ni le blanc ne sont des couleurs, l’une est son absence, l’autre une foule. Il fait beau, en mon for(t) intérieur, et le vague à l’âme s’y brise sur mes contrefort en une nuée d’écume de spleen.

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