Sélection de réponses:– Qu’elle est temporairement sous cortisone voyons !
– Que les voyages d’affaires peuvent créer des liens..
– Pour ne pas abîmer son solitaire pendant l’heure de vaisselle de la soirée foot de son mari hier soir, elle a pensé à l’enlever.
– Qu´elle fait un métier manuel dans lequel porter une alliance est dangereux. :)
– Qu’elle est une tête de linotte 
– Que son doigt a enflé?

« Tu ne parles jamais de lui. Jamais. »

Pour une fois, je n’ai pas su que répondre. Moi qui pourtant a toujours quelque chose à dire. Moi qui jamais ne me tait. Etre surpris pourtant, avec elle, ce n’était pas la première fois.

Je m’étais pourtant promis que je ne serai jamais comme lui. Que j’étais différent. Avec le temps, je crois que je m’en étais même convaincu. Et pendant ce temps-là, de fait, les choses se sont plutôt déroulées comme prévues.

Quand elle a dit oui, celle qui allait devenir ma femme, j’en ai éprouvé comme une surprise inattendue. Au fond de moi, je me voyais toujours comme illégitime. Elle m’aurait dit « Tu sais, je t’aime bien, tu es gentil, mais… » que j’en aurai été… quoi ? Déçu ?… Soulagé ? Mais elle a dit oui, et moi je l’aimais, alors je l’ai épousé.

Et dieu que je l’aime encore ! Mais celle qui vient de me parler de lui, ce n’est pas mon épouse.

Elle venait de se lever, nue. Elle tenait en main le drap blanc, comme par pudeur. Je la trouvais touchante quand elle faisait cela, alors que nous venions de faire l’amour sans aucune limite ni aucun tabou. Et je me disais qu’après l’amour, nous redevenions humains.

Je m’étais promis que je ne serai jamais comme lui. Que je serai un homme droit, qui aime sa femme et ne la trompe pas. Je m’étais promis que je saurai me satisfaire d’un bonheur sur et quotidien, et que je serai le socle sur lequel la femme que j’aime peut se reposer. Et pour un temps, j’ai cru à tout cela, à la fidélité, à l’amour qui ne connait d’incertitude que celle de revoir celle que j’aime.

J’y ai cru, jusqu’à ce que je la rencontre, elle.

Souvent, j’ai rejoué le film des événements sur mon cinéma intérieur, à la recherche du moment critique, celui de la chute qui nous a conduits au premier baiser. J’ai cherché à comprendre pourquoi, pourquoi elle m’avait irrésistiblement attiré à elle, attracteur étrange autour de son regard. J’ai cherché à qui d’elle ou de moi incombe la faute et la culpabilité.

Allongé là, chez elle, cette recherche soudain me semblait vaine. Je venais de lui faire l’amour, et je ne prenais pas même la peine de retirer mon alliance. En attendant son retour de la salle de bain, je regardai ma main, cette main coupable d’adultère. Et je ne pensais pas à elle, ma femme. Je pensais à mes enfants.

« Dit, tu as perdu ta langue ? » me lança-t-elle à travers le chambranle de la porte.

Je m’étais promis que je ne serai jamais comme lui. Et pourtant, me voilà à mon tour, adultère. Je trompe ma femme comme il a trompé ma mère. Et de lui, si je n’ai rien à dire, c’est que ma propre culpabilité écrase mes mots.

« Monsieur Sageau Charron senior n’est pas très intéressant. Mon père quoi… » répondis-je.

Elle se pencha à travers la porte, et me lança un de ces regards qui signifiait « Tu mens ». Peine perdue, je ne parlerai pas. Elle retourna à la salle de bain, me lançant seul, seul avec ma culpabilité et le souvenir de mon père.

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