La nuit tombait d’un coup sec, par surprise. Elle apportait avec elle une douce pommade de fraicheur nécessaire pour apaiser les brulures de l’été. La fureur des parties de foot sans queue ni tête laissait alors la place à l’obscurité, prétexte à la trêve du diner. Juste le temps que les vieux lampadaires métalliques rouillés daignent chauffer suffisamment pour pouvoir à nouveau éclairer les rues d’une lumière orangée sans assurance.

Des nombreux terrains vagues qui émaillaient la ville comme autant de chicots dans la bouche d’un mendiant s’élevait alors un lourd parfum acre, acide et chaud, de fer et de souffre brulé. Les appels sans fin des marchands ambulants semblaient alors s’étouffer dans cette fumée brune. L’effluve, comme une promesse menaçante de nuit sans lune, chassait de mon palais le souvenir agréable des glaces à la menthe.

Les habitants de ces terrains vagues, des déchèteries à ciel ouvert, allumaient des feux pour se nourrir ou se réchauffer, ou peut-être, me disait je enfant, pour chercher dans les flammes rousses un peu de ce réconfort qui leur est interdit le jour.

Je les croisais parfois, tirant un âne usé, auquel était attelée une carriole improvisée débordant de bouteille en verre consigné. Il ne faisait alors naitre en moi ni pitié ni terreur, juste l’indifférence des lieux communs.

Mais quand la nuit tombait, l’air devenait alors comme chargé de reproche, épais comme le plastique, espiègle comme le sable, rouge et ocre, irisé de colère. La fumée embaumait la ville la nuit venue, comme pour en prendre possession, comme le souvenir d’une culpabilité qui ne disait pas son nom, mais qui s’immisçait sournoisement en chaque demeure.

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