La femme qui réajuste son maquillage juste avant d’entrer dans un amphithéâtre, à quoi pense-t-elle au juste? Cet acte féminin, redessiner ses lèvres d’un trait rouge assuré, a-t-il un destinataire? S’adresse t il a un amant potentiel dans l’audience, ou alors au conférencier ?

Moi, je crois que les femmes ne se maquillent pas pour nous, les hommes, mais pour elle-même. Une couche pour changer d’apparence, un masque pour gagner de l’assurance, une armure pour faire face au monde.

Face au monde. Voici bien l’acte le plus commun qu’il soit. Le monde, chaque jour, nous interroge. Et chaque jour, nous devons prendre place, et répondre à l’injonction d´être celui que l’on attend de vous. Faire face. Ne pas laisser paraitre les fêlures. Masquer les états d’âmes.

L’obscurité se fait dans l’amphithéâtre. La femme disparait à ma vue. Ma question restera en suspens.

Qui dit masque dit imposture. Et si je n’ai compris qu’une seule chose au monde, c’est bien celle-ci. Ce monde est une imposture. Nous sommes tous des imposteurs qui prétendent savoir ce qu’ils font. Chaque jour, au mieux par conviction intime, et donc par erreur. Au pire par cynisme et auto persuasion. Chaque jour, nous incarnons, nous donnons corps à nos illusions. Nous jouons notre rôle à la perfection.

Et ce qui m’émerveille le plus, c’est à quel point la mascarade fonctionne quand même. Parfois, aux limites, la mécanique s’enraille. Le voile se perce, le sang coule. Mais globalement, les mensonges s’additionnent sans autre conséquence que de vider le monde de sa substance.

A la surface plane des choses, aucunes rides ne viennent trahir le drame. Et le spectacle continue, d’un masque à un autre…

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