beau: adj m.

Se dit de la rencontre fortuite sur une table de dissection d'une machine à coudre et d'un parapluie...

Month: November 2013 (page 2 of 2)

Mad Dog

Mad Dog

image

2 Aout 2003. Je ne me souviens plus comment nous avions fini par pousser la porte de ce petit café. Nous avions fait un tour au Harrods, puis celui du Victoria and Albert Museum, pour finir par errer au hasard dans les rues de South Kensington.

A cette époque, tout nous semblait encore possible, comme si nos réalités s’étaient soudain enflées de promesses de richesses. Le monde entier sembler converger vers Londres, et une énergie électrique presque palpable circulait dans certains quartiers.

Par moment, emporté par l’ego et les effluves d’alcools, il me semblait devenir maitre du monde, ou à tout le moins maitre du mien, et je ne réalisai pas encore ce que ces dérives avaient d’éphémères et d’infantiles. J’étais comme un jeune chiot, épris du pouvoir qui soudain lui était échu. D’ailleurs, n’était-ce pas comme ça que l’on m’appelait ? Le chien fou ? Le mercenaire ?

J’ai aimé Londres comme on aime une femme. D’abord à reculons, surpris de l’attraction qu’elle exerce sur vous. Puis le déni, le rejet de cet objet que l’on aimerait avoir mais qui ne vous appartiendra jamais. Et enfin l’abandon, quand elle s’offre à vous et que vous ne pouvez plus rien faire d’autre que céder.

Mais je n’ai pas fait que me perdre à Londres. D’autres choses plus importantes que moi s’y sont abîmé. Et dans ce café, à ce moment précis, tout encore restait à faire. Je l’ai regardé refaire son maquillage dans le jeu de miroir, puis me suis laisser distraire par les échos de la rue.

Dehors, la ville de jour semblait tellement civilisée alors que mes nuits m’apparaissaient comme des rêves improbables et baroques. Dehors, le monde était jeune, et mon âme aussi.

0
Partagez votre lecture:

Ce qu’être un homme signifie

Jeune, je me demandais comment travailler en pleine lumière sans perdre sa part d’ombre. Il me semblait à mon regard juvénile que la lumière ne souffrait aucune enclave, aucune exception, aucune rigole ou pourrait se cacher l’ombre. L’homme, se dénudant dans la lumière, devait se faisant faire le deuil de cette charge.

Cette perspective j’avoue, me terrifiait. Je ne pouvais me résoudre à un tel renoncement, non que cela ne me fût impossible, mais parce que cela me semblait injuste, et faux.

Mais au fil du temps, j’ai réalisé que l’ombre, aussi petite soit-elle, jamais ne nous quitte. A la part de lumière que nous absorbons correspond une part équivalente d’obscurité, et en réduire le voilage de la pénombre ne revient bien souvent qu’à en augmenter la densité.

Nous nous drapons de lumière pour mieux la cacher, mais elle est là, petite étoile sombre qui pulse et irradie des frontières vers le cœur. L’ombre de nous ne se détache que lorsque la lumière nous quitte, lorsque la mort nous embrasse.

Il m’avait demandé ce qu’être un homme signifie. Je lui avais répondu que je ne savais pas, que le fait d’être un homme me disqualifiait de pouvoir répondre à cette question. Nous ne sommes pas ce que nous produisons, ni ce que nous faisons ou disons, et encore moins ce que nous croyons ou pensons. Etre un homme ne signifie rien, il y a juste des hommes qui sont, et d’autres qui ne sont pas ou plus.

Mais aujourd’hui, je lui dirai qu’être un homme, c’est porter sa part d’ombre malgré la lumière, sans ni s’en enorgueillir ni s’en repentir, sans jamais laisser à d’autres le soin de définir ce qui le constitue. A la frontière ou la lumière et l’ombre se rejoignent, l’homme se tient.

0
Partagez votre lecture:

Rencontres

Combien de personnes avez-vous rencontré dans votre vie ? Le temps d’un pas chassé dans un couloir de métro, d’un déhanché sur le dance floor, d’une discussion autour d’un café, d’un rendez-vous commercial, ou d’un rencontre amoureuse ? Pour une heure, un jour, une nuit, un mois, quelques années. Peut-être quoi, quelques milliers de personnes, au plus ?

La rencontre précipite les possibles. Elle fixe le réel dans un fracas surprenant, ou tout ce qui est à venir relève du domaine du possible, et où tout ce qui s’est déjà passé réduit et contraint. La rencontre fascine en ce qu’elle recèle comme possible, comme évasion d’un statut quo. Mais elle obsède aussi, elle excite en ce qu’elle semble précisément libérer le quotidien de ce que le passé conditionne.

Certain ont fait de la rencontre un mode de vie. Ils papillonnent, aiment rapidement et se lassent encore plus vite. D’autres n’ont jamais su rencontrer qui que ce soit, et ils errent, libres mais seuls, et prisonniers de leurs maladresses. Toujours est-il que la rencontre est l’évènement qui fonde toute les relations humaines.

Il y a toujours un avant et un après la rencontre. Comme il y a un avant et après la séparation. Et dans ce cas la personne que l’on abandonne au passé nous est perdue à jamais.

Aujourd’hui, je réalise à quel point la posture d’auteur peut être paradoxale. En tant qu’écrivain, je souhaite que l’on vienne à la rencontre de mes textes pour en cueillir les fruits de la critique. Etablir un dialogue dont nous sortons tous riche des dons que nous faisons. Mais en tant qu’homme, je n’ai rien à offrir à une rencontre, au sens où je n’ai dans ma vie plus aucune place à offrir à quiconque.

En découle l’étrange et inconfortable posture de celui qui ne souhaite pas offrir à la vue une devanture purement commerciale, sans non plus vouloir s’offrir comme une opportunité de rencontre. Et le numérique à cet égard est un outil merveilleux.

Libéré du poids de nos préjugés, libres d’exprimer les points de vue les plus divers ou les plus subversifs, la rencontre numérique permet de tisser des liens les plus ténus l’échange le plus riche. Il y a parfois dans le plus bref échange plus de profondeur que dans le plus dense des exposés.

Mais derrière nos avatars, nos noms de scène ou d’emprunts, se cache l’humanité. Et je suis toujours surpris par le fait que porter un masque semble parfois à certain permettre d’être eux même. Et c’est de ces échanges-là, de ces rencontres qui n’ont pas de nom, que l’on retire l’essence de la chaleur humaine.

0
Partagez votre lecture:

La belle et la bête…

« Pourquoi Marseille? » m’avait-elle demandé. « Il y a tant d’autres endroits tellement plus charmants sur la cote ! »

Il était déjà tard. Derrière les vitres du taxi défilaient les lumières des lampadaires de la rue Réaumur tandis que nous longions le Louvre. « Pour marcher sur les traces de la Belle et la Bête… » Avais-je répondu l’air absent.

Ce ne fut que deux jours plus tard qu’à son habitude elle ressortit le sujet sur la table, précisément entre le plat et le dessert. Le lapin ne me m’avait pas semblé fameux, et le restaurant était trop bondé, mais elle ne lâcherait pas l’affaire. Elle ne me lâchait jamais rien, pas un seul pouce de territoire. Et si parfois elle semblait concéder, ce n’était que pur retraite stratégique.

« Pourquoi Marseille? »

Je fis semblant de prendre un air docte et patient. « Qu’on de commun Breton, Chagall, Max Ernst, Otto Meyerhof, Peggy Guggenheim, et Hannah Arendt ? »

Elle observa un moment de silence. « Hum… L’incarnation d’une époque… La judaïté ? Les arts ? Ou ton gout particulier de l’apparence de l’érudition ?» Je ne relevai pas le défi. J’aurai de toute façon perdu.

« Marseille. Marseille et en l’occurrence un homme du nom de Varian Fry. »

image

« Ah oui, ça me revient. L’Emergency Rescue Committee. » Une jeune serveuse nous interrompit à ce moment-là pour servir nos plats, une ile flottante pour moi, un simple crumble aux figues pour elle.

Elle fit une moue étrange. « Fry a sauvé des milliers de personnes, mais il était motivé. Il fallait être artiste, écrivain ou philosophe. Combien se sont présenté à Marseille en vain et se sont vu refuser un visa ? »

« Fry n’est pas ma bête. Ce n’est pas cette histoire-là, aussi belle soit-elle, qui m’intéresse. La question du choix quant aux personnes qui méritent d´être sauvé est terrible, et je ne suis pas sûr que j’aurai su trouver de meilleurs réponses. Non, la belle en question s’appelle Mary Jane Gold. Comme toi, elle était américaine. Et comme toi, elle était riche. »

image

Son expression prit un air plus léonin, plus ferme. Du geste de la main elle me fit comme une invitation à poursuivre mon histoire.

« Mary Jane était belle, riche, séduisante. Elle pilotait son propre avion, menait grand train, avait plein d’amants. Une héroïne de Gatsby, elle aurait pu sortir du roman de Fitzgerald.

Seulement, en 1940, elle se retrouva coincée dans la France envahi par les troupes Nazi. Elle fuit à Marseille, et y fait la rencontre de Fry. Elle fut très impressionné par l’engagement de ce dernier, qu’elle décrit selon ses propres mots comme un jeune homme prometteur, un peu réservé peut-être, mais franc et doué. Alors elle rejoint leur petit groupe, et se lance dans la délicate extradition de juifs à travers tous les moyens possible. »

« C’est beau, mais il manque une bête à ton histoire. » me dit-elle.

« C’était une époque dangereuse, et la vie y prenait une toute autre signification. Malgré les bonnes intentions, il s’agissait d’une aventure subversive et caché. Il fallait faire avec les moyens du bord, et la mafia locale. Pour ce faire, Fry s’associe à un homme, un déserteur de la légion, Raymond Couraud, dit « The Killer ». Couraud est de toutes les combines, il connait les réseaux, c’est un homme d’action lui, pas un journaliste américain idéaliste. »

image

« Et voici la Bête ! » Ce mot prenait un certain charme dans sa bouche. Moi, j’y voyais Jean Marais, elle le film de Disney.

« Exact. Et il arriva ce qui devait arriver. Mary Jane et Raymond devinrent amants. »

« Et ? » ajouta-t-elle. « Et si tu veux connaitre la suite, tu devras me suivre à Marseille ! » répondis-je, fier de mon hameçon.

Elle se tut un moment, cherchant un instant l’angle d’attaque qui lui aurait permis de contourner mn piège. Nos cafés furent servis. A la gauche des tasses fumantes, deux spéculos.

Elle sourit légèrement, et remonta sa mèche rebelle de sa main gauche. « Dis-moi, ton killer, c’était un homme violent ? »

« Probablement. Pas un saint en tout cas. Mais son surnom, il ne le devait pas à ses talents spéciaux. Fry prétend qu’il l’avait surnommé ainsi à cause de son accent anglais à couper au couteau ! » répondis-je.

« Un peu comme le tien alors ? »

Je pris l’air outré et répliqua en anglais « You know what, I may very well go without you in the end ! » Mais je savais qu’il était déjà trop tard, que la machine était enclenchée, et que nous aurions tout aussi bien pu déjà être en route pour la cité phocéenne. Sur les traces de ma version de la belle et la bête…

0
Partagez votre lecture:

Hector Boleslaw

D’Hector Boleslaw, même après une longue réflexion, on n’aurait pas trouvé pas grand-chose à dire, ce qui en soit était déjà en dire beaucoup. L’homme était certes brillant, parfaitement maitre de son éloquence, d’un art un peu désuet de la formule, voir, certain jour, d’un sens de la répartie particulièrement efficace, mais, bon, pour une raison inexpliquée aucun de ces faits ne revenait à la mémoire d’aucunes personnes ayant eu affaire de prêt ou de loin à Hector Boleslaw.

C’est bien simple. Si l’homme invisible avait un visage, il aurait eu celui d’Hector Boleslaw. D’ailleurs, je ne saurai vous le décrire, mais je suis sûr que si vous consentez à un petit effort d’imagination, il vous reviendra en mémoire le visage de la personne la plus parfaitement commune que vous ayez rencontré dans votre vie. Oui, vous savez, cet homme qui vous sert de jalon pour vous déterminer au-dessus de la moyenne. Nous en avons tous un – ce qui en soit est révélateur d’une certaine illusion commune, mais là n’est pas notre propos.

Vous voyez ce visage ? Voilà, vous voyez Hector Boleslaw. Et peu importe que ces traits eussent été différents. Votre Hector fera l’affaire.

Etre invisible, ne serait-ce que socialement, présente certains avantages. Le 09 Aout 1954, l’officier en charge des intégrations au service militaire oublia le dossier de l’alors jeune Boleslaw dans la pièce dédié aux divers tests d’aptitudes. De cet oubli en découla toute une chaine de conséquences rocambolesques et improbables qui se conclut par l’exemption de service pour Boleslaw. Le Lundi 6 Mai 1968, par un malheureux coup du sort, Hector Boleslaw se retrouva coincé Rue Saint Jacques entre les barricades et les CRS. Hector, ayant entrevu alors un porche particulièrement accueillant, échappa aux pavés tout comme aux matraques, pour n’en ressortir qu’à l’aube, indemne, mais malheureusement licencié de son poste aux imprimeries Marcoeuil.

Mais être invisible, ne serait-ce que socialement, présente toutefois un certain nombre de désagréments. Oublié au soir du 11 Décembre 1979, un hiver particulièrement rude, dans le second donjon du château de Falaise en Normandie lors d’une visite guidé, Monsieur Boleslaw dû survivre jusqu’au petit matin sans autre nourriture qu’une bouteille de Calvados précédemment acheté chez un producteur local. On le retrouva au matin, transi de froid, mais complétement saoul et affirmant avoir passé la nuit a devisé avec le fantôme de Guillaume le conquérant. Et ne parlons pas de son histoire affective, si tant est que l’on puisse attribuer ce terme aux deux relations et demi qu’Hector Boleslaw a pu entretenir dans sa vie.

Bref, ce portrait serait tragique, et somme toute guère intéressant, si la providence n’avait pas donné à Hector Boleslaw l’opportunité d’exister ne serait-ce qu’une seule fois dans sa vie. Si la trajectoire d’Hector Boleslaw court de sa naissance à Montreuil à sa mort à Saclay, son histoire elle, tient dans une seule journée.

Voici donc l’histoire du seul jour où Hector Boleslaw s’est montré trop intelligent pour son propre bien, et ce faisant a quitté le royaume des ombres pour celui de la lumière.

0
Partagez votre lecture:

Le portrait

Approchez approchez, n’aillez crainte. Prenez place, le spectacle va commencer. Sur la scène, un homme, seul, moi ou un autre. Pas de décor, pièce moderne, monologue probablement. Il est déjà trop tard pour quitter la salle, vos voisins ont pris place. Vous regrettez amèrement d’avoir accepté l’invitation. Un espoir pourtant jaillit en vous. Peut-être que cette pièce sera courte.

Ou peut-être pas.

Le silence tombe. La pénombre vous abrite. L’homme commence.

« Le XXieme siècle aura consacré le naufrage de la Raison dans l’océan de la démesure. N’en parlons plus. Dieu déposé, ce siècle nous a laissé la Raison complètement barré, éprise de son discours, du son de sa voix. La Nature n’en finit pas de s’effilocher en lambeaux, accroché au radeau d’une nostalgie fictive pour un temps qui n’a jamais existé. Le Progrès a accouché de son propre culte dans la terreur et l’ignorance. Quant à la Culture, le voici qui nous offre l’affligeant spectacle d’une prostitution désabusé au service des marchands du temple. Dans ce monde-là, tout est marchandise, et rien n’a de valeur.

De ce portrait, vous le savez, tout est juste. Pourtant, il y manque quelque chose, quelque chose de crucial, quelque chose qui change tout. Il y manque ce qui motive la raison de votre présence ici.

Si le monde avait basculé dans le vide le plus absolu, nul ne ce soucierait d’en faire le portrait, et encore moins de le lire. Et si le monde avait basculé dans le nihilisme le plus total, il n`y aurait plus d’homme tout court, l’humanité aurait cessé de vivre, à part peut-être ici ou là quelques poches voués de toute façon à la disparition.

Force nous est donc faite de constater que l’Histoire ne s’est nullement arrêtée. L’Histoire n’est plus l’objet d’une appropriation par un culte ou par caste, mais il n’est plus non plus le fruit de nos actions. Nous aspirons en masse à lui donner un sens, ce faisant échouant à la fois à en saisir la vraie nature, et nous illusionnant sur l’universalisme présupposé de nos valeurs.

L’homme est nu. Il ne lui reste plus que les oripeaux de sa conscience et la morale de son histoire passé pour se draper. Nous sommes à nu, les nerfs à vif, sans même savoir pourquoi notre conscience aigu de l’injustice ne coïncide pas avec l’absence de prise de conscience des injustices que nous commettons.

Non, ne partez pas. Il ne s’agit pas d’un procès, ni le vôtre ni le mien d’ailleurs. Des procès, il y en a eu assez. Et puis, je suis fils de Caïn, déjà jugé. Je suis fils d’Abel, victime et sacrifice de son prochain. A ce titre, nous sommes égaux.

Non, ne partez pas. Au contraire, installez-vous, et voyons ensemble le monde tel qu’il est.

Aujourd’hui, ce monde est ainsi fait de gens brillants, qui n’ont que faire de leurs talents. Autrefois, ils – nous aurions pu être révolutionnaires, communards, résistants. Aujourd’hui, au mieux, nous nous mobilisons pour défendre des idées dépassées, à peine l’ombre porté du souvenir des grands combats mené par d’autres. Au pire, nous tweetons le temps, en se demandant ce qui nous arrive et où nous avions bien pu rater le coche.

Le coche, nous ne pouvions pas le rater, pour la bonne raison qu’il n’a jamais existé. Dans un monde sans esclaves, il ne peut y avoir de maitres. Mais dans un monde de maitres, il ne peut y avoir que des esclaves. Vanegeim a raison. Le monde que l’on nous a bâti, pardon, le monde que l’on s’est bâtit est un monde d’esclaves ou chacun peut se prétendre maitre de son prochain. Nous sommes assujettis à nous même.

Et il suffit de regarder les grandes révoltes, les revendications que l’on amène aux portes de l’hémicycle. Tout le monde milite pour sa part, et peu importe l’injustice commise à d’autres, du moment que l’autre soit absent de la vue. Le chômeur veut son CDI. L’employé veut être cadre. LE cadre des stocks options. Alors il n’y a plus ni gauche ni droite, même aux extrêmes. Tous militent pour le bien de leurs chapelles contre celle des autres, et plus personne ne porte au cœur l’humain et le libre.

Nous ne voyons dès lors plus de différences de politiques que nous portions la gauche ou la droite au pouvoir. Les deux ont parti prise avec le statut quo. Les deux se défausseront malhabilement sur l’économie, le social ou le démographique comme excuses à l’incapacité d’agir. Mais en réalité, ils ne subissent aucune entrave, ils l’incarnent au contraire. Le pire étant qu’ils y croient eux même de bonne foi.

C’est là l’œuvre d’une magie sans commune mesure, une mystification à une échelle telle qu’elle fait elle-même écho aux grands soirs sanglants du siècle dernier. Faire de la politique, c’est changer le quotidien. Un changement de régime qui ne change rien à votre vie signifie que rien n’à changer. Et si la politique actuelle nous concerne si peu, c’est parce qu’elle n’a de politique que le nom.

Ne soyons pas sévère. Qui sommes-nous, vous à me lire en douce sur votre écran, et moi à écrire au cœur des ténèbres, pour jeter la pierre à des femmes et à des hommes à peine mieux armée que nous ?

Mais ce monde tourne malgré lui, et plus personne n’en maitrise la mécanique. Et c’est là notre chance. Il n’y aura pas de révolution, pas de grand bouleversement. Autrefois, l’antagoniste était incarné. Le curé, nous l’avons défroqué, et le roi guillotiné. Aujourd’hui, nous incarnons tous l’antagonisme. Non pas les uns contre les autres, encore que les conséquences soient proches.

Non, il s’agit de nous contre nous même. Si nous sommes tous esclaves et qu’il n`y a plus de maitres, alors c’est nous même que nous devons dans le même mouvement déposer et anoblir. Ce n’est donc pas d’indifférence que se meurt ce monde, mais bel et bien de paralysie.

Car comment se tranche-t-on la tête sans se condamner à mort ? »

Soudain, une hache, et voici la tête de l’homme qui roule au sol. Son corps lourd tombe subitement, et se convulse de spasmes dans une mare de sang grandissante. Le rideau tombe. Vos voisins, des rangées complètes se lève dans un applaudissement du tonnerre. La salle gronde tandis que la nausée monte en vous.

Vous êtes le seul encore assis, incrédule. Non, non j’ai mal vu, vous dites-vous ! Des effets spéciaux, surement !

En rentrant chez vous pourtant, l’intime conviction d’avoir vu ce soir un homme mourir sous les applaudissements ne vous quittera pas…

0
Partagez votre lecture:
Newer posts

© 2018 beau: adj m.

Theme by Anders NorenUp ↑