Et voici venu le temps de l’homme sans fin. Déjà s’étire à l’horizon de ma vie la promesse que je m’étais faite enfant. Mon cœur, étiolé, pâlit et n’en finit plus de se faner. Je ne suis plus que l’apparence de l’humanité, ni ma chair triste ni mon âme grise ne peuvent faire illusion plus longtemps.

A peine quelques lambeaux de mémoires s’accrochent-ils encore à ma peau. Ils racontent encore l’homme que j’ai été et que je ne suis plus.

Sans fin, j’erre dans le labyrinthe, à la poursuite du minotaure dans le vain espoir d’obtenir une mort glorieuse sous ses coups terribles. Mais le minotaure est mort, assassiné il y a déjà longtemps, et ni le labyrinthe ni moi-même ne servons plus à rien. Qui de l’homme vain ou du labyrinthe inutile est le plus à plaindre ?

Alors l’homme sans fin à étendu le labyrinthe, j’en ai révisé les plans, cherchant à recouvrir la moindre parcelle de territoire encore libre, dans l’espoir de faire renaitre à nouveau la Bête qui me donnerait raison de vivre. Tout labyrinthe appelle à son minotaure, et j’ai creusé pour mieux recouvrir, bâti pour mieux démolir, et poursuivi l’œuvre de Dédale au-delà de toute mesure.

Sans ménager ma peine. Sans remord ni empathie. Le labyrinthe a recouvert la terre, et quand la terre n’a plus suffit, alors le labyrinthe a recouvert mon cœur. D’un horizon à l’autre, l’homme sans fin que je suis devenu a perdu son chemin avant de perdre la raison dans son cœur désormais ravagé.

J’erre, et ne sais plus pourquoi. J’erre et ne sais plus pourquoi le labyrinthe a été bâti. Je ne sais même plus ce qu’est un labyrinthe et ce qui ne l’est pas. Peu à peu, chacun de mes mots a quitté ma bouche, et ce qui était sens n’est plus que devenu signe, avant enfin de n’être que perception.

Voici venu le temps de l’homme sans fin. J’erre dans le labyrinthe, mais je n’y suis pas seul, et gare à celui qui croisera ma route…

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