En cette nuit du 27 Avril 1945, il faut s’imaginer Benito Mussolini pensif, 1m69 de mâchoire carré, encore tout vêtu de ce fascisme grandiloquent de chemises brunes et de pas de l’oie, qui chez lui pris si souvent des airs d’opérettes, digne héritier de cette pensée étriquée, étroite de vue, et courte d’amplitude, assis sur son dernier trône, de vielles toilettes délabrées dans une petite ferme du petit village de Giulino di Mezzegra.

Ses lèvres se pincent. Il sent que demain ce jouera à nouveau l’un de ces coups du sort qui scellent le destin. Il ne sourit pas, il sait que tout est possible. Tout peut basculer. Demain, il jouera sa vie peut être à un seul mot de sa part. Pourtant, il n’a pas peur. Il en a connu d’autres. Si demain il doit être exécuté, elle au moins survivra pour raconter.

Que d’autre peut donc souhaiter un homme condamné à mort ? Des regrets, des remords ? Le Duce n’a cure de tout cela. L’aube déjà pointe et de la chambre, il entend le souffle de Clara, qui dort d’un sommeil agité.

Il se souvient. Elle qui lui avait un jour écrit « Je suis si petite et vous êtes si grand… ». Lui qui la pensait folle à lier, et qui l’appelait « sa petite chienne ». Il lui avait dit de fuir pourtant, et elle aurait pu. Mais la voilà, et Benito quelque part ne comprend pas. Il l’aime, mais elle l’aime encore plus. Il ne sait pas qu’à sa famille qui avait tenté de la sauver elle avait répondu « Qui aime meurt. Je suis mon destin et mon destin, c’est lui ».

«io sono te, tu sei me » (je suis toi, tu es moi). C’est elle qui lui avait offert ce médaillon, elle encore qui y avait fait graver cette inscription, après la mort de son fils. Et ce médaillon qu’il avait dû avaler avant la capture, comme on ravale son orgueil, et qui désormais, installé sur ce dernier trône, lui torturait les boyaux.

Et pourtant, ils venaient de passer leur première nuit ensemble. Benito était un homme de principe, à défaut d’être un homme bon, et encore moins un homme bien. Il n’avait jamais découché du lit de Rachele, sa femme. Clara avait pleuré une bonne partie de la nuit, et insulta ce que la terre pouvait compter de barbares communistes le reste du temps. Quand enfin elle sombra dans le sommeil, il se sentit soulagé.

Au fond, il ne l’avait jamais comprise. Il l’avait désiré, l’avait soumise à tous ses désirs, elle et ses 20 ans de moins, mais jamais il n’avait pris la mesure de l’amour qu’elle lui a porté. Et il restait là, assis, incapable de trouver en lui de réponses solides à son désarroi.

En cette nuit du 27 Avril 1945, il faut s’imaginer Benito Mussolini pensif, 1m69 de colère rentré, encore tout vêtu de son pouvoir de séduction à l’Italienne, qui chez lui pris si souvent des airs de Casanova, digne héritier d’une trique machiste, étroite de désirs, et courte en profondeur, assis sur son dernier trône, le ventre en vrac d’avoir à digérer un médaillon en or.

Et Benito, « Ben » pour Clara, lui pense à Rachele, sa femme, qu’il ne reverra pas.

Le lendemain, 28 avril 1945, le colonel Valerio, exécuta Benito Mussolini et Clara Petucci. Au moment de tirer sur le Duce, impassible face à la mort, Clara se jetât sur Benito pour l’enlacer, et faire rempart aux balles de son corps. Ils moururent tout deux ainsi enlacés.

Ce texte fait suite à la proposition d’écriture de Greg ( https://twitter.com/Gregatort ): “Benito Mussolini assis sur les toilettes…”

Allez lire les textes de mes petits camarades! 

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