Je suis imposteur, et derrière la façade ne se trouve qu’un mensonge vraisemblable, conçu pour rassurer et détourner le regard. Non, ne me regardez pas ! Je suis comme vous, voyez comme ma façade s’harmonise à la vôtre, voyez comment notre rue est belle ainsi dessiné à l’unisson, voyez comme notre ville, grande et puissante, est bâti à notre image ! En ces temps troubles, ou l’envers est à l’endroit, l’imposture n’est pas dans le mensonge, mais dans le réel.

Alors la nuit venue, je mens, fabule, et mens encore. Je tisse une toile de fil serré, et y place une touche de vérité comme pour en consolider les nœuds. Je mens sans savoir pourquoi. Peut-être n’est-ce là que le prix à payer d’une vie en suspension. Dans le mensonge dévider la pelote, dans la croix réécrire sans fin ce qui n’est plus. Ce qui n’a jamais été peut être. C’est qu’à la fin, le fil se perd.

Je mens, le mensonge devient passé, et le passé devient fiction.

Insolente, je vais d’ombres en brouillards, éperdue dans une forêt de signes. Un mensonge en croise un autre, et de leur rencontre en font un troisième. A mesure de journée, je ne fais que cela, rebondir de chimères en illusions. Et quand au hasard d’une collision, nos regards se croisent, vite vite, remettre en place la façade ! Ne pas voir les yeux, ne pas écouter l’autre, ne pas tisser d’autres liens que ceux du mensonge !

Les mensonges, eux, ni n’aiment ni ne trahissent. Ils ne se perdent pas, au contraire, c’est eux qui nous perdent dans le dédale de nos péripéties fictives. Et peu importe, pourvu que jamais l’âme ne se dénude. Prenez mon corps, prenez-moi. Voyez comment nue je me livre à la luxure. Mais que l’on ne voit pas mes larmes. Que l’on ne puisse pas toucher cette part de nous dont j’ai tellement honte, cette part qui me fait femme.

Je suis imposture. Je ne suis pas celle que vous croyez. Pas plus que vous êtes l’homme que vous pensez. Et si d’aventure, il vous prenait l’envie d’aller au-delà de ma façade, prenez garde. Au-delà du miroir, il est bien possible que plus rien n’y soit. Rien d’autre que le néant et l’abime sans fin.

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