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Se dit de la rencontre fortuite sur une table de dissection d'une machine à coudre et d'un parapluie...

Date: 29 November 2013

Le trône

En cette nuit du 27 Avril 1945, il faut s’imaginer Benito Mussolini pensif, 1m69 de mâchoire carré, encore tout vêtu de ce fascisme grandiloquent de chemises brunes et de pas de l’oie, qui chez lui pris si souvent des airs d’opérettes, digne héritier de cette pensée étriquée, étroite de vue, et courte d’amplitude, assis sur son dernier trône, de vielles toilettes délabrées dans une petite ferme du petit village de Giulino di Mezzegra.

Ses lèvres se pincent. Il sent que demain ce jouera à nouveau l’un de ces coups du sort qui scellent le destin. Il ne sourit pas, il sait que tout est possible. Tout peut basculer. Demain, il jouera sa vie peut être à un seul mot de sa part. Pourtant, il n’a pas peur. Il en a connu d’autres. Si demain il doit être exécuté, elle au moins survivra pour raconter.

Que d’autre peut donc souhaiter un homme condamné à mort ? Des regrets, des remords ? Le Duce n’a cure de tout cela. L’aube déjà pointe et de la chambre, il entend le souffle de Clara, qui dort d’un sommeil agité.

Il se souvient. Elle qui lui avait un jour écrit « Je suis si petite et vous êtes si grand… ». Lui qui la pensait folle à lier, et qui l’appelait « sa petite chienne ». Il lui avait dit de fuir pourtant, et elle aurait pu. Mais la voilà, et Benito quelque part ne comprend pas. Il l’aime, mais elle l’aime encore plus. Il ne sait pas qu’à sa famille qui avait tenté de la sauver elle avait répondu « Qui aime meurt. Je suis mon destin et mon destin, c’est lui ».

«io sono te, tu sei me » (je suis toi, tu es moi). C’est elle qui lui avait offert ce médaillon, elle encore qui y avait fait graver cette inscription, après la mort de son fils. Et ce médaillon qu’il avait dû avaler avant la capture, comme on ravale son orgueil, et qui désormais, installé sur ce dernier trône, lui torturait les boyaux.

Et pourtant, ils venaient de passer leur première nuit ensemble. Benito était un homme de principe, à défaut d’être un homme bon, et encore moins un homme bien. Il n’avait jamais découché du lit de Rachele, sa femme. Clara avait pleuré une bonne partie de la nuit, et insulta ce que la terre pouvait compter de barbares communistes le reste du temps. Quand enfin elle sombra dans le sommeil, il se sentit soulagé.

Au fond, il ne l’avait jamais comprise. Il l’avait désiré, l’avait soumise à tous ses désirs, elle et ses 20 ans de moins, mais jamais il n’avait pris la mesure de l’amour qu’elle lui a porté. Et il restait là, assis, incapable de trouver en lui de réponses solides à son désarroi.

En cette nuit du 27 Avril 1945, il faut s’imaginer Benito Mussolini pensif, 1m69 de colère rentré, encore tout vêtu de son pouvoir de séduction à l’Italienne, qui chez lui pris si souvent des airs de Casanova, digne héritier d’une trique machiste, étroite de désirs, et courte en profondeur, assis sur son dernier trône, le ventre en vrac d’avoir à digérer un médaillon en or.

Et Benito, « Ben » pour Clara, lui pense à Rachele, sa femme, qu’il ne reverra pas.

Le lendemain, 28 avril 1945, le colonel Valerio, exécuta Benito Mussolini et Clara Petucci. Au moment de tirer sur le Duce, impassible face à la mort, Clara se jetât sur Benito pour l’enlacer, et faire rempart aux balles de son corps. Ils moururent tout deux ainsi enlacés.

Ce texte fait suite à la proposition d’écriture de Greg ( https://twitter.com/Gregatort ): “Benito Mussolini assis sur les toilettes…”

Allez lire les textes de mes petits camarades! 

http://rienaredire.unblog.fr/2013/11/29/vapeurs/ par https://twitter.com/RienARedire

http://misstherieuse.blogspot.fr/2013/11/anachronisme-etoile.html par https://twitter.com/FifiBrindosier

http://plumechocolat.wordpress.com/2013/11/30/lettre-a-monsieur-b/ par https://twitter.com/Lactimelle

http://motspourlecrire.canalblog.com/archives/2013/11/30/28548433.html par https://twitter.com/venise3

http://lafraise.eklablog.com/qu-une-enfant-a103714484 par https://twitter.com/CinnamonFraise

http://www.princessepepette.com/article-corto-maltese-121319625.html par https://twitter.com/princessepepett

http://gregatort.wordpress.com/2013/12/01/nouvel-amour/ par https://twitter.com/Gregatort

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Histoire(s)…

Les gens heureux n’ont pas d’histoire. Cette maxime, dont je n’ai pas réussi à retrouver l’origine, est pourtant une contre vérité. Heureux ou non, nous avons tous une histoire. Ce qui est juste par contre, c’est que toutes les histoires ne sont pas égales au regard de l’intérêt qu’elles suscitent.

Le bonheur est la dérivé seconde de la trajectoire de nos vies. Nous avons tous une histoire, l’on ne peut s’y soustraire, et c’est au cours de ce trajet, cette course de la vie à la mort, que l’on rencontre éventuellement la joie, le bonheur ou la sérénité. Par conséquent, être heureux ne constitue en soi ni une fin, ni un lieu, ni un objet, ni une personne (bien que ces éléments peuvent constituer les moyens de ce bonheur), mais bel et bien un produit, un moment de la rencontre entre des circonstances particulières et un état d’esprit.

La félicité n’existe pas en tant qu’objectif. Et c’est pour cela qu’elle est si souvent prétendument commercialisée.

Pour autant, je clame souvent à quiconque me le demande parfois que j’éprouve peu d’intérêt pour le bonheur. Cette inclinaison qui me définit, souvent mal comprise comme étant un certain penchant obscure ou romantique, cache pourtant une idée simple. Ce qui constitue le fil rouge de mon action est ce besoin de maximiser le potentiel du présent, le mien et celui de mes proches. Dès lors, je trouve le bonheur non pas à le rechercher, mais à en constater la présence en ma demeure, au gré de son envie et à la mesure du moment présent.

Indubitablement, je suis un homme heureux. Et si le clamer vous semble suspect, c’est je crois le signe que c’est notre époque qui est malade, malade de ne plus savoir se réjouir de ce que l’on a, malade de ne plus savoir que ce morfondre d’inquiétude pour des choses aussi éphémères que nos vies.

De nos jours, il faut avoir une avoir une histoire pour exister. Et plus votre histoire est riche en adversités, plus elle intéresse. Et c’est pour cela que régulièrement le sujet de la prostitution revient au cœur de l’actualité.

La prostitution fascine, car c’est le lieu de toutes les transgressions. Elle évoque les fantasmes les plus improbables, des réseaux de prostitutions organisés à la traite des blanches, de la call girl luxueuse que s’offre des hommes riches en quête de luxure raffiné aux maris ouvriers et adultères qui dans une caravane viennent tirer leurs coups.

Mais cette fièvre médiatique ne nous parle pas tant du sort des prostitués ou des motivations de leurs clients que de notre fascination pour la transgression. Des prostitués ou de leurs clients, je ne saurai que dire. Je n’ai pas eu à me prostituer pour vivre, mais je ne peux non plus décemment prétendre que ma rigeur morale m’aurait jamais empêché de le faire. Et de même, je n’ai jamais eu à payer une quelconque relation sexuelle, plus par chance sans doute que par réelle aversion pour cette idée.

Par conséquent, il me semble à moi que ce qui fait preuve de débauche sont les titres de nos hebdomadaires, et que la seule chose putassière soit l’exploitation de l’histoire de la prostitution comme un épouvantail. De quoi donc cette obsession législative pour ou contre la prostitution est-elle le nom ? Quel bien sommes-nous certain d’y faire là ?

A moins que ce ne soit qu’une petite histoire de plus à ajouter à la longue Histoire de ce métier, le plus vieux du monde…

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