Dehors, il y a Paris qui s’étale sous une nuit claire et froide. Ses cafés qui abritent les spectateurs goguenard du dernier match de l’espoir pour les bleues. Ses ruelles qui accueillent touristes comme noctambules en recherche de sensations fortes. Et quelque part, caché, un assassin qui se terre et attends son heure. Dehors, il y a la crise dont je ne connais rien et dont on me dit qu’elle jette à terre tant de personnes, sans distinction de classe ou de culture. J’attends mon tour, incrédule, mais certain d’avoir à mon tour à subir l’épreuve du fer rouge.

A l’outrage du temps, à cette laborieuse décadence dont on nous offre le spectacle quotidien, je refuse de lui concéder la panique. Elle prendra possession de toutes ces choses que je ne possède de toute façon pas. Mais elle n’aura pas mon âme.

Mon âme, c’est entendre à l’étage le sommeil agité du petit prince, puis sa mère remettre en place la tétine. Son souffle qui s’apaise, rassuré, rythme le mien. Le chat, nouveau souverain des lieux, escalade l’escalier en colimaçon en un seul mouvement fluide et félin. De l’antre de sa chambre, la terreur chante à tue-tête les derniers morceaux à la mode au collège. Bientôt, il reprendra sa lecture avant d’aller se coucher. On est Mardi soir, et je soupire, satisfait que chaque chose soit à sa juste place.

Concevoir son foyer comme un ilot de sérénité nous a toujours semblé être une évidence. Ce que nous réserve l’avenir, nul ne le sait. Mais ceux qui vivent dans le souvenir du passé ne vivent plus, et ceux qui ne vivent que pour des lendemains meilleurs ne vivent pas. C’est au présent que la vie se conjugue, et c’est au présent que je m’efforce de conjuguer la mienne.

Un peu plus tôt aujourd’hui, j’ai écrit à une amie que nous vivons à l’ère de la modernité brisée. Chacun de nous est désormais multiple, la vie sans unité émiettée dans chacune des échardes du monde. Mais j’oubliai d’ajouter qu’à ce monde, j’apporte aussi son lot de folie. L’innocence n’est pas mon étendard. Mais j’ai eu mon heure, j’ai connu la gloire comme la défaite. Et j’ai choisi mon camp.

Des ombres obscures aux ténèbres de nuit d’encre, je tire au calame les mots que je décoche comme autant de flèches de lumière. Ma voix m’est propre, mais son timbre lui porte toutes les teintes de l’humanité. Ce n’est pas faire œuvre d’orgueil que d’accepter comme frères tous ceux qui n’acceptent ni complaisance ni abandon. Je n’aspire pas à m’élever, au contraire. Ecrire, ce n’est que ça, de l’œuvre au noir faire émerger la vraie chaleur humaine.

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