J’ai brisé tant de cœurs. Et ce à plus d’une reprise. Mais, plus d’une fois, à mon tour, on a brisé le mien. Ce faisant, d’une manière ou d’une autre, j’ai souvent perdu le droit de dire je t’aime, et peu importe les élans du cœur une fois emmuré dans le silence.

A celui qui a souvent perdu s’accroche le lourd manteau du regret. Le pas ainsi alourdi, mes épaules brisées par la charge, je porte au regard cet obscur éclat sombre, cette obsidienne incrustée à l’iris des âmes brulées. Je ne suis pas même un monstre, tant il me semble que le monstre n’est que le miroir de l’humanité. Au-delà du miroir, il ne reste plus rien d’humain, seulement les décombres de nos illusions.

Chemin faisant, Céléno est venue à moi. Elle a volé à mes yeux la flamme qui illumine le monde. J’erre depuis dans l’obscurité. Ocypète me poursuit dans l’ombre, sans relâche, sans pitié. Aello arrache à mon corps toute chaleur, la mémoire de sa peau contre la mienne. Je ne suis plus qu’une plaie, béante, suintante, douloureuse et sans cesse ouverte.

J’ai brisé tant de cœurs, tant de fois on a brisé le mien. Qui eut cru qu’un cœur brisé puisse être aussi lourd ? Pourtant, ce n’est pas du regret qu’est conçu ma peine, ni même du remord. La morsure des chaines, la suture des lacérations, le chemin de passion ne peuvent extraire à mon corps la sourde écorchure des sentiments. Il n’y aura pas pour moi de pénitence, aucune absolution, la rédemption me sera étrangère.

Je suis un homme condamné, condamné à être seul, brisé, collé au sol, sans elle. Les cœurs brisés ne volent pas.

0
Partagez votre lecture: