beau: adj m.

Se dit de la rencontre fortuite sur une table de dissection d'une machine à coudre et d'un parapluie...

Month: November 2013 (page 1 of 2)

Le décompte…

Il y a un prix à payer. Il y a toujours un prix à payer. Les comptes de la vie se soldent à notre mort. Aucunes charges qui ne soient oubliées, aucunes dettes qui ne puissent rester au crédit. A l’heure du dépôt de bilan, quand enfin s’immobilise la mécanique du cœur, les comptes se règlent au comptant.

Pourtant, je compte. Je compte cet argent si dur au gain, et dont la somme m’épuise chaque année d’avantage. Je compte mes ennemis, qui eux un jour compte bien sur un faux pas pour me régler mon compte. Je compte sur mes amis, désormais sur les doigts d’une main, et dont le décompte me rappelle que bientôt viendra mon heure.

Car celui qui fabule toute sa vie durant a intérêt à avoir un bon comptable. Ces comptes-là ont les poches percées, et celui qui manque de vigilance finit en prison sans passer par la case départ, et sans ramasser la cagnotte. La cagnotte moi, il y a belle lurette que je l’ai ramassé à mon compte.

A l’époque, je n’avais pas réalisé que ce faisant, je deviendrai à mon tour la cible de ceux qui comptent se refaire à peu de frais. J’étais pauvre mais libre du monde qui s’offrait à moi. Je suis devenu riche dans une prison doré.

N’allez pas croire que votre morale me touche. Le crime paie, et ceux qui aimerait vous faire croire le contraire sont les mêmes qui du crime en touchent les dividendes. Des assassins meurent chaque jour au fond de leur lit, sans jamais avoir eu à répondre une seule fois de leurs exactions. Le crime paie, pour celui qui sait comment ne pas se faire prendre.

Mais il y a toujours un prix à payer. Le monde est là, offert à celui qui a l’audace de s’en saisir. Mais à la fin, c’est le monde qui vous possède. Et quand enfin vous réalisez que vous n’avez fait que troquer un esclavage contre une cage, il est déjà trop tard. Et l’addition se règle toujours en liquide.

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Le trône

En cette nuit du 27 Avril 1945, il faut s’imaginer Benito Mussolini pensif, 1m69 de mâchoire carré, encore tout vêtu de ce fascisme grandiloquent de chemises brunes et de pas de l’oie, qui chez lui pris si souvent des airs d’opérettes, digne héritier de cette pensée étriquée, étroite de vue, et courte d’amplitude, assis sur son dernier trône, de vielles toilettes délabrées dans une petite ferme du petit village de Giulino di Mezzegra.

Ses lèvres se pincent. Il sent que demain ce jouera à nouveau l’un de ces coups du sort qui scellent le destin. Il ne sourit pas, il sait que tout est possible. Tout peut basculer. Demain, il jouera sa vie peut être à un seul mot de sa part. Pourtant, il n’a pas peur. Il en a connu d’autres. Si demain il doit être exécuté, elle au moins survivra pour raconter.

Que d’autre peut donc souhaiter un homme condamné à mort ? Des regrets, des remords ? Le Duce n’a cure de tout cela. L’aube déjà pointe et de la chambre, il entend le souffle de Clara, qui dort d’un sommeil agité.

Il se souvient. Elle qui lui avait un jour écrit « Je suis si petite et vous êtes si grand… ». Lui qui la pensait folle à lier, et qui l’appelait « sa petite chienne ». Il lui avait dit de fuir pourtant, et elle aurait pu. Mais la voilà, et Benito quelque part ne comprend pas. Il l’aime, mais elle l’aime encore plus. Il ne sait pas qu’à sa famille qui avait tenté de la sauver elle avait répondu « Qui aime meurt. Je suis mon destin et mon destin, c’est lui ».

«io sono te, tu sei me » (je suis toi, tu es moi). C’est elle qui lui avait offert ce médaillon, elle encore qui y avait fait graver cette inscription, après la mort de son fils. Et ce médaillon qu’il avait dû avaler avant la capture, comme on ravale son orgueil, et qui désormais, installé sur ce dernier trône, lui torturait les boyaux.

Et pourtant, ils venaient de passer leur première nuit ensemble. Benito était un homme de principe, à défaut d’être un homme bon, et encore moins un homme bien. Il n’avait jamais découché du lit de Rachele, sa femme. Clara avait pleuré une bonne partie de la nuit, et insulta ce que la terre pouvait compter de barbares communistes le reste du temps. Quand enfin elle sombra dans le sommeil, il se sentit soulagé.

Au fond, il ne l’avait jamais comprise. Il l’avait désiré, l’avait soumise à tous ses désirs, elle et ses 20 ans de moins, mais jamais il n’avait pris la mesure de l’amour qu’elle lui a porté. Et il restait là, assis, incapable de trouver en lui de réponses solides à son désarroi.

En cette nuit du 27 Avril 1945, il faut s’imaginer Benito Mussolini pensif, 1m69 de colère rentré, encore tout vêtu de son pouvoir de séduction à l’Italienne, qui chez lui pris si souvent des airs de Casanova, digne héritier d’une trique machiste, étroite de désirs, et courte en profondeur, assis sur son dernier trône, le ventre en vrac d’avoir à digérer un médaillon en or.

Et Benito, « Ben » pour Clara, lui pense à Rachele, sa femme, qu’il ne reverra pas.

Le lendemain, 28 avril 1945, le colonel Valerio, exécuta Benito Mussolini et Clara Petucci. Au moment de tirer sur le Duce, impassible face à la mort, Clara se jetât sur Benito pour l’enlacer, et faire rempart aux balles de son corps. Ils moururent tout deux ainsi enlacés.

Ce texte fait suite à la proposition d’écriture de Greg ( https://twitter.com/Gregatort ): “Benito Mussolini assis sur les toilettes…”

Allez lire les textes de mes petits camarades! 

http://rienaredire.unblog.fr/2013/11/29/vapeurs/ par https://twitter.com/RienARedire

http://misstherieuse.blogspot.fr/2013/11/anachronisme-etoile.html par https://twitter.com/FifiBrindosier

http://plumechocolat.wordpress.com/2013/11/30/lettre-a-monsieur-b/ par https://twitter.com/Lactimelle

http://motspourlecrire.canalblog.com/archives/2013/11/30/28548433.html par https://twitter.com/venise3

http://lafraise.eklablog.com/qu-une-enfant-a103714484 par https://twitter.com/CinnamonFraise

http://www.princessepepette.com/article-corto-maltese-121319625.html par https://twitter.com/princessepepett

http://gregatort.wordpress.com/2013/12/01/nouvel-amour/ par https://twitter.com/Gregatort

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Histoire(s)…

Les gens heureux n’ont pas d’histoire. Cette maxime, dont je n’ai pas réussi à retrouver l’origine, est pourtant une contre vérité. Heureux ou non, nous avons tous une histoire. Ce qui est juste par contre, c’est que toutes les histoires ne sont pas égales au regard de l’intérêt qu’elles suscitent.

Le bonheur est la dérivé seconde de la trajectoire de nos vies. Nous avons tous une histoire, l’on ne peut s’y soustraire, et c’est au cours de ce trajet, cette course de la vie à la mort, que l’on rencontre éventuellement la joie, le bonheur ou la sérénité. Par conséquent, être heureux ne constitue en soi ni une fin, ni un lieu, ni un objet, ni une personne (bien que ces éléments peuvent constituer les moyens de ce bonheur), mais bel et bien un produit, un moment de la rencontre entre des circonstances particulières et un état d’esprit.

La félicité n’existe pas en tant qu’objectif. Et c’est pour cela qu’elle est si souvent prétendument commercialisée.

Pour autant, je clame souvent à quiconque me le demande parfois que j’éprouve peu d’intérêt pour le bonheur. Cette inclinaison qui me définit, souvent mal comprise comme étant un certain penchant obscure ou romantique, cache pourtant une idée simple. Ce qui constitue le fil rouge de mon action est ce besoin de maximiser le potentiel du présent, le mien et celui de mes proches. Dès lors, je trouve le bonheur non pas à le rechercher, mais à en constater la présence en ma demeure, au gré de son envie et à la mesure du moment présent.

Indubitablement, je suis un homme heureux. Et si le clamer vous semble suspect, c’est je crois le signe que c’est notre époque qui est malade, malade de ne plus savoir se réjouir de ce que l’on a, malade de ne plus savoir que ce morfondre d’inquiétude pour des choses aussi éphémères que nos vies.

De nos jours, il faut avoir une avoir une histoire pour exister. Et plus votre histoire est riche en adversités, plus elle intéresse. Et c’est pour cela que régulièrement le sujet de la prostitution revient au cœur de l’actualité.

La prostitution fascine, car c’est le lieu de toutes les transgressions. Elle évoque les fantasmes les plus improbables, des réseaux de prostitutions organisés à la traite des blanches, de la call girl luxueuse que s’offre des hommes riches en quête de luxure raffiné aux maris ouvriers et adultères qui dans une caravane viennent tirer leurs coups.

Mais cette fièvre médiatique ne nous parle pas tant du sort des prostitués ou des motivations de leurs clients que de notre fascination pour la transgression. Des prostitués ou de leurs clients, je ne saurai que dire. Je n’ai pas eu à me prostituer pour vivre, mais je ne peux non plus décemment prétendre que ma rigeur morale m’aurait jamais empêché de le faire. Et de même, je n’ai jamais eu à payer une quelconque relation sexuelle, plus par chance sans doute que par réelle aversion pour cette idée.

Par conséquent, il me semble à moi que ce qui fait preuve de débauche sont les titres de nos hebdomadaires, et que la seule chose putassière soit l’exploitation de l’histoire de la prostitution comme un épouvantail. De quoi donc cette obsession législative pour ou contre la prostitution est-elle le nom ? Quel bien sommes-nous certain d’y faire là ?

A moins que ce ne soit qu’une petite histoire de plus à ajouter à la longue Histoire de ce métier, le plus vieux du monde…

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La nimbe carré

Tout a commencé au printemps dernier. De prime abord, ce client-là n’avait pourtant rien de bien différent des autres. Des oiseaux comme lui, j’en ait vu passer plus d’un. Ils n’étaient en général pas bien méchant, ceux-là. De grands enfants à qui l’ont auraient trop tôt demandé l’impossible, en l’occurrence grandir.

Grandir pour certain, c’est apprendre la solitude dans un corps devenu trop grand pour soi.

Il n’émanait de lui rien qui ne sorte de l’ordinaire. Ni son visage, régulier et atone, ni son costume un peu trop étroit, n’aurait pu indiquer une quelconque particularité extraordinaire. C’est était même troublant. Les gens qui ont l’air encore plus normaux que la normale sont peut-être les pires.

Ce à quoi il aurait par ailleurs répondu d’un laconique « La normale à la droite ne peut être que gauche, Monsieur Origas. »

C’était par certain coté un homme brillant. On aurait pu l’imaginer médaille Fields au collège de France. Et il avait de fait soutenu une obscure thèse sur un sujet abstrait dont je n’ai jamais pu me souvenir le titre. Etrangement, au collège de France, il avait choisi d’enseigner au Collège Arthur-Chaussy, à Brie Comte Robert.

Brie Comte Robert… Allez savoir.

Après quelques années d’enseignement poussif, les choses commencèrent à aller de mal en pis. Il y avait des histoires. Et l’académie, elle, elle n’aime pas les histoires. Les histoires, elle me les refourgue, à moi. C’est donc ainsi que j’ai découvert Monsieur Voirgard un beau matin dans mon cabinet.

Après les banalités d’usage, Monsieur Voirgard m’exposa ainsi son problème : « Je suis à la recherche d’un nombre qui ne se divise pas par lui-même mais l’est de tous les autres. »

– « Un nombre premier vous voulez dire ? »
– « Non non, ceux-là n’ont de premier que la prétention. Ils ne sont qu’une supercherie qui cache la vérité ! »
– « … Je ne vois pas très bien ou vous voulez en venir, j’avoue » répondis je après avoir mobilisé au garde à vous mes maigres souvenirs en Mathématiques.
– « Je ne recherche pas un nombre premier, mais le nombre Absolu. » On pouvait entendre la majuscule. Il ne disait pas absolu, mais Absolu.
– « Zéro alors ? Zéro divisé par n’importe quel nombre fait zéro, et pourtant, zéro divisé par zéro n’a aucun sens. »
– « Aucun sens ? Aucun sens ! Vous voyez, vous aussi, vous ne pensez pas, Monsieur. Vous pensez avec ce que l’on vous a enseigné, pas avec votre tête ! Vous faites des maths avec votre langue, mais pas avec votre cœur ! »

Le voir ainsi s’emporter m’avait pris par surprise. Cette homme affable, neutre, presque passif, était soudainement devenu rouge de colère rentrée, méprisant, persifleur. La transformation à vue d’œil était stupéfiante !

– « Allons, Monsieur, ne nous emportons pas ! » Mais il avait déjà retrouvé toute sa composition, et poursuivait la conversation, presque un monologue, comme un dialogue avec lui-même.
– « … Zéro divisé par zéro existe, il suffit de lui donner un nom. C’est le nombre absolu, l’essence de toutes les choses, la perfection totale. C’est la création toute entière qui est un avilissement, une erreur loin, longtemps après la virgule. Nous ne sommes que la portion congrue d’un calcul qui a mal tourné… »

Au bout d’un moment, l’homme s’est tût. Le silence qui s’ensuivit, gêné, plein, emplit la pièce d’un air étrange, et profond. Ce fut lui qui se décida soudain à le briser.

– « La nimbe carré. Ce nombre, c’est la nimbe carré, Monsieur Origas ! »

La nimbe carré…

Ce soir-là, après avoir couché les enfants, j’ai repris les maigres cours que j’avais remisé dans un carton de la cave. J’ai tracé abscisse et ordonnée, et sur ce plan ainsi annoté, je me suis demandé ou pouvait se cacher cette nimbe carrée.

Voici donc prêt de neuf mois que nous recherchons ensemble la nimbe carré. Et parfois, j’avoue, je doute plus de ma raison que de celle de mon patient…

Texte rédigé en réponse à l’incipit proposé par Venise3 (Twitter)

A voir également les entrées de mes petits camarades: La FraiseVeniseEmilieMissThéRieuseLactimelleBlandineGregIsa

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Prisonnière(s)…

Il n’existe rien de plus érotique qu’une femme plongée dans la lecture d’un roman. Je détaille son visage, observe l’invisible trajectoire de ses pupilles, à l’affut de l’émoi qui la traverse. Les jambes se croisent et se recroisent, comme pour rythmer l’action de la narration. Parfois se dessine un bref sourire, ou un air surpris, ponctuation d’une histoire vivante.

Je ne sais rien des aventures qu’elle vit par procuration, une phrase en appelant une autre. Mais elle est là, pour moi, offerte à ma vue indiscrète, aussi soumise et troublante qu’Albertine prisonnière.

J’hésite un moment à l’interrompre. Une mèche de cheveux noirs glisse sur son visage. Elle la remet en place d’un léger mouvement de sa main gauche. Son poignet fin me coupe le souffle.
Soudain, elle m’aperçoit. Elle m’attendait. Nous avons tant à nous dire.

« Je ne saurai t’expliquer » me dit-elle. « C’est comme si… comme si j’étais un petit oiseau en cage. »

On commande deux cafés. Il y a peu de monde en terrasse ce matin, c’est un peu comme si nous étions seule.

« Et tu vois, je suis dans la cage. Et la cage est chez lui. Je ne suis jamais allé chez lui, mais la cage est là, dans le salon. Mais en fait, la cage n’est pas fermée. Je pourrai parfaitement l’ouvrir et m’envoler, partir à travers la fenêtre, voler dans le ciel. Je sais même que je pourrai revenir à la cage, quand je veux… Qu’elle sera toujours là pour moi… Et que j’en retrouverai toujours la route… »

Le café amère mais chaud réchauffe mon palais. Elle marque une pause, range son roman dans son sac toujours trop grand.

« Et ?… »

« Et rien. Je reste là, dans la cage, comme une conne, libre mais prisonnière. Le plus étrange, c’est que je n’ai pas envie de m’envoler… Dans cette maison, j’imagine qu’il y a plusieurs pièces. Et j’entends parfois du son qui provient des autres chambres. Mais tout est étouffé, et je n’arrive pas à savoir ce qu’il s’y passe. Je reste dans la cage du salon, et je n’ai même pas le courage d’aller voir ce qu’il fait dans ses pièces là. Je n’en connais même pas le nombre… »

« Tu lui as demandé ? Je veux dire, il est marié, tu le sais déjà… »

« Je n’ose pas… Il est si… prévenant. J’aurai trop peur de le blesser… ou de le perdre… »

Alors, je reste là, à l’écouter, elle, amoureuse d’un homme marié, prisonnière d’un impossible amour. Je suis sa meilleure amie. Les amies sont fait pour ça, n’est-ce pas ?

Mais dans sa cage, il y en une autre, plus petite, et c’est moi qui me trouve à l’intérieur. Elle ne me voit pas, ne sait même pas que cet amour existe. Elle aime un homme impossible, moi j’aime une femme interdite.

Deux pinsons se posent sur la petite table à côté. Dubitative, je leur laisse la fin de mon croissant, en me demandant où trouver la clef de nos cages respectives.

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Sérénité…

Dehors, il y a Paris qui s’étale sous une nuit claire et froide. Ses cafés qui abritent les spectateurs goguenard du dernier match de l’espoir pour les bleues. Ses ruelles qui accueillent touristes comme noctambules en recherche de sensations fortes. Et quelque part, caché, un assassin qui se terre et attends son heure. Dehors, il y a la crise dont je ne connais rien et dont on me dit qu’elle jette à terre tant de personnes, sans distinction de classe ou de culture. J’attends mon tour, incrédule, mais certain d’avoir à mon tour à subir l’épreuve du fer rouge.

A l’outrage du temps, à cette laborieuse décadence dont on nous offre le spectacle quotidien, je refuse de lui concéder la panique. Elle prendra possession de toutes ces choses que je ne possède de toute façon pas. Mais elle n’aura pas mon âme.

Mon âme, c’est entendre à l’étage le sommeil agité du petit prince, puis sa mère remettre en place la tétine. Son souffle qui s’apaise, rassuré, rythme le mien. Le chat, nouveau souverain des lieux, escalade l’escalier en colimaçon en un seul mouvement fluide et félin. De l’antre de sa chambre, la terreur chante à tue-tête les derniers morceaux à la mode au collège. Bientôt, il reprendra sa lecture avant d’aller se coucher. On est Mardi soir, et je soupire, satisfait que chaque chose soit à sa juste place.

Concevoir son foyer comme un ilot de sérénité nous a toujours semblé être une évidence. Ce que nous réserve l’avenir, nul ne le sait. Mais ceux qui vivent dans le souvenir du passé ne vivent plus, et ceux qui ne vivent que pour des lendemains meilleurs ne vivent pas. C’est au présent que la vie se conjugue, et c’est au présent que je m’efforce de conjuguer la mienne.

Un peu plus tôt aujourd’hui, j’ai écrit à une amie que nous vivons à l’ère de la modernité brisée. Chacun de nous est désormais multiple, la vie sans unité émiettée dans chacune des échardes du monde. Mais j’oubliai d’ajouter qu’à ce monde, j’apporte aussi son lot de folie. L’innocence n’est pas mon étendard. Mais j’ai eu mon heure, j’ai connu la gloire comme la défaite. Et j’ai choisi mon camp.

Des ombres obscures aux ténèbres de nuit d’encre, je tire au calame les mots que je décoche comme autant de flèches de lumière. Ma voix m’est propre, mais son timbre lui porte toutes les teintes de l’humanité. Ce n’est pas faire œuvre d’orgueil que d’accepter comme frères tous ceux qui n’acceptent ni complaisance ni abandon. Je n’aspire pas à m’élever, au contraire. Ecrire, ce n’est que ça, de l’œuvre au noir faire émerger la vraie chaleur humaine.

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L’homme brisé…

J’ai brisé tant de cœurs. Et ce à plus d’une reprise. Mais, plus d’une fois, à mon tour, on a brisé le mien. Ce faisant, d’une manière ou d’une autre, j’ai souvent perdu le droit de dire je t’aime, et peu importe les élans du cœur une fois emmuré dans le silence.

A celui qui a souvent perdu s’accroche le lourd manteau du regret. Le pas ainsi alourdi, mes épaules brisées par la charge, je porte au regard cet obscur éclat sombre, cette obsidienne incrustée à l’iris des âmes brulées. Je ne suis pas même un monstre, tant il me semble que le monstre n’est que le miroir de l’humanité. Au-delà du miroir, il ne reste plus rien d’humain, seulement les décombres de nos illusions.

Chemin faisant, Céléno est venue à moi. Elle a volé à mes yeux la flamme qui illumine le monde. J’erre depuis dans l’obscurité. Ocypète me poursuit dans l’ombre, sans relâche, sans pitié. Aello arrache à mon corps toute chaleur, la mémoire de sa peau contre la mienne. Je ne suis plus qu’une plaie, béante, suintante, douloureuse et sans cesse ouverte.

J’ai brisé tant de cœurs, tant de fois on a brisé le mien. Qui eut cru qu’un cœur brisé puisse être aussi lourd ? Pourtant, ce n’est pas du regret qu’est conçu ma peine, ni même du remord. La morsure des chaines, la suture des lacérations, le chemin de passion ne peuvent extraire à mon corps la sourde écorchure des sentiments. Il n’y aura pas pour moi de pénitence, aucune absolution, la rédemption me sera étrangère.

Je suis un homme condamné, condamné à être seul, brisé, collé au sol, sans elle. Les cœurs brisés ne volent pas.

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Eloge du voyage…

Je ne connais pas d’autres façons de vivre que la mienne. Il me semble que trop souvent nos limites sont fictives, arbitrairement écrite par d’autres que nous, ces derniers bien souvent décédés de longue date. Pour autant, je ne prétends pas plus à l’universalisme, ni même à la vérité. Je vis dans l’erreur, et tache de m’en accommoder, pour le meilleur comme pour le pire.

Je n’aspire qu’à vivre, à explorer le potentiel de la vie, sans pour cela faire souffrir quiconque, ni m’encombrer de regrets. Le souffle glacé de la mort, rigide, rigoureuse et clinique, bientôt soufflera la mémoire des événements. Et retournant à la poussière, condamné peut être à ne plus jamais participer d’aucun principe vivant, le fin cristal de cette mémoire sera défait, brisé, sacrifié à jamais sur l’autel de l’entropie.

L’oubli n’apporte pas le pardon, il efface juste les fautes.

Alors je vis ainsi, ne possédant rien qui ne puisse m´être retiré sans douleur, rien si ce n’est peut-être l’amour que je porte à ceux qui ont associé leur trajectoire à la mienne. Cette richesse-là ne peut se perdre puisqu’elle ne se possède pas, et c’est la seule richesse à laquelle j’aspire. Je ne veux rien posséder, je veux tout vivre.

Au moment même où j’écris ces mots, une foule anonyme circule autour de moi. Certains vont, d’autres viennent, et dans ce hall, je suis le seul point fixe. Ils n’ont à mon égard que cette attention neutre de ceux qui jauge d’un seul regard le degré de normalité d’une situation. En une fraction de seconde, ils savent si je suis un homme dangereux ou non, s’ils doivent s’écarter ou simplement m’ignorer. La plupart le font.

De ma part, au contraire, ils font l’objet de toute mon attention. Quel est la course de leurs vies ? Qui les attendent, et qui attendent-ils ? Quel est la raison de cette claudication si particulière qui les afflige ? Sur quelle trajectoire sont-ils, et où finit leur course ? Je les observe, de cet air distrait dont je sais si bien me couvrir, et m’interroge, en vain. De toute façon, je n’ai rien de mieux à faire. Moi aussi, j’attends mon heure.

L’homme en transit n’a au cœur que la destination de son voyage. Il traverse un espace vide, un non-lieu comme un non-sens. L’espace et le temps ne se mesurent pas, ils servent d’intervalles à la vie. Alors, j’observe ceux qui comme moi traversent cette absence, et me demande si l’un d’eux ne connaîtrait de meilleures façon de vivre que la mienne.

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Imposture…

Je suis imposteur, et derrière la façade ne se trouve qu’un mensonge vraisemblable, conçu pour rassurer et détourner le regard. Non, ne me regardez pas ! Je suis comme vous, voyez comme ma façade s’harmonise à la vôtre, voyez comment notre rue est belle ainsi dessiné à l’unisson, voyez comme notre ville, grande et puissante, est bâti à notre image ! En ces temps troubles, ou l’envers est à l’endroit, l’imposture n’est pas dans le mensonge, mais dans le réel.

Alors la nuit venue, je mens, fabule, et mens encore. Je tisse une toile de fil serré, et y place une touche de vérité comme pour en consolider les nœuds. Je mens sans savoir pourquoi. Peut-être n’est-ce là que le prix à payer d’une vie en suspension. Dans le mensonge dévider la pelote, dans la croix réécrire sans fin ce qui n’est plus. Ce qui n’a jamais été peut être. C’est qu’à la fin, le fil se perd.

Je mens, le mensonge devient passé, et le passé devient fiction.

Insolente, je vais d’ombres en brouillards, éperdue dans une forêt de signes. Un mensonge en croise un autre, et de leur rencontre en font un troisième. A mesure de journée, je ne fais que cela, rebondir de chimères en illusions. Et quand au hasard d’une collision, nos regards se croisent, vite vite, remettre en place la façade ! Ne pas voir les yeux, ne pas écouter l’autre, ne pas tisser d’autres liens que ceux du mensonge !

Les mensonges, eux, ni n’aiment ni ne trahissent. Ils ne se perdent pas, au contraire, c’est eux qui nous perdent dans le dédale de nos péripéties fictives. Et peu importe, pourvu que jamais l’âme ne se dénude. Prenez mon corps, prenez-moi. Voyez comment nue je me livre à la luxure. Mais que l’on ne voit pas mes larmes. Que l’on ne puisse pas toucher cette part de nous dont j’ai tellement honte, cette part qui me fait femme.

Je suis imposture. Je ne suis pas celle que vous croyez. Pas plus que vous êtes l’homme que vous pensez. Et si d’aventure, il vous prenait l’envie d’aller au-delà de ma façade, prenez garde. Au-delà du miroir, il est bien possible que plus rien n’y soit. Rien d’autre que le néant et l’abime sans fin.

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L’homme sans fin.

Et voici venu le temps de l’homme sans fin. Déjà s’étire à l’horizon de ma vie la promesse que je m’étais faite enfant. Mon cœur, étiolé, pâlit et n’en finit plus de se faner. Je ne suis plus que l’apparence de l’humanité, ni ma chair triste ni mon âme grise ne peuvent faire illusion plus longtemps.

A peine quelques lambeaux de mémoires s’accrochent-ils encore à ma peau. Ils racontent encore l’homme que j’ai été et que je ne suis plus.

Sans fin, j’erre dans le labyrinthe, à la poursuite du minotaure dans le vain espoir d’obtenir une mort glorieuse sous ses coups terribles. Mais le minotaure est mort, assassiné il y a déjà longtemps, et ni le labyrinthe ni moi-même ne servons plus à rien. Qui de l’homme vain ou du labyrinthe inutile est le plus à plaindre ?

Alors l’homme sans fin à étendu le labyrinthe, j’en ai révisé les plans, cherchant à recouvrir la moindre parcelle de territoire encore libre, dans l’espoir de faire renaitre à nouveau la Bête qui me donnerait raison de vivre. Tout labyrinthe appelle à son minotaure, et j’ai creusé pour mieux recouvrir, bâti pour mieux démolir, et poursuivi l’œuvre de Dédale au-delà de toute mesure.

Sans ménager ma peine. Sans remord ni empathie. Le labyrinthe a recouvert la terre, et quand la terre n’a plus suffit, alors le labyrinthe a recouvert mon cœur. D’un horizon à l’autre, l’homme sans fin que je suis devenu a perdu son chemin avant de perdre la raison dans son cœur désormais ravagé.

J’erre, et ne sais plus pourquoi. J’erre et ne sais plus pourquoi le labyrinthe a été bâti. Je ne sais même plus ce qu’est un labyrinthe et ce qui ne l’est pas. Peu à peu, chacun de mes mots a quitté ma bouche, et ce qui était sens n’est plus que devenu signe, avant enfin de n’être que perception.

Voici venu le temps de l’homme sans fin. J’erre dans le labyrinthe, mais je n’y suis pas seul, et gare à celui qui croisera ma route…

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