Je connais des personnes qui peuvent travailler n’importe où. Dans le train, l’avion, le métro, les quais de gare comme aux terrasses de cafés bondés. Qu’importe les cahots du transport, le vacarme incessant des machines, le verbiage de la foule ou même leurs regards. Moi, je ne suis pas de ceux-là.

Pour travailler, je dois me soustraire au regard, disparaitre du monde. Il m‘est quasiment impossible d’écrire quoi que ce soit qui ait du cœur si je dois le faire sous un regard tiers, même celui d’un proche. Alors je m’isole, travail seul, parfois tardivement ou très tôt le matin. J’ai de la chance d’être tombé amoureux d’une femme aussi compréhensive.

Parfois, je révise mes gammes. Si l’idée germe d’une image, d’un son, d’une situation, elle est fugace et isolé. Elle ne nomme pas ce qu’elle désigne. C’est alors à moi de comprendre quelles thèmes elle emploit, et pour quel thèse. Et qu’importe que j’adhère à cette dernière, l’idée se moque de ma morale. De l’idée, des idées, encore faut-il tisser une histoire, décrire un monde, choisir les protagonistes et enfin les intrigues principales, les conduire de fil en aiguille.

Il n’y a pas de narration sans point de vue, le mien, celui des protagonistes, les motivations qui les mobilisent et les erreurs qu’ils commettent. De surprises en retournement de situation, le conflit se déroule jusqu’au dénouement, jusqu’à la chute, la leur, ou celle du lecteur. Prendre garde aux détails, ils sont le sel de la vie. Ne pas abuser du pouvoir absolu d’auteur pour tordre le temps et l’espace au-delà de toute forme.

L’ébauche est-elle fluide ? Le propos suffisamment profond ? Les rapports équilibrés et justes ? Savoir faire preuve précision et de parcimonie. Rester cohérent et vraisemblable. Le ton est-il approprié, naturel ? La langue suffisamment rythmé, musicale, pour survivre à l’épreuve de la voix haute ?

Encore faudrait-il que j’ai payé son dû aux 5 sens, à la poésie, aux émotions. Ne pas négliger l’imaginaire ni se perdre en extravagance. Peut-être même prétendre à la beauté, mais là encore nous sommes de si mauvais juge…

Suivent ensuite les considérations techniques. Je ne les fais jamais primer, de peur de ne devenir qu’un artisan de l’acrobatie. Mais l’outil est précieux, connaitre la méthode, soigner son vocabulaire et ses métaphores. Ne pratiquer la figure de style que si elle sert le propos. Chasser lieux communs et idées reçues, couper, couper et couper encore dans un effort de concision. Chasser le superflu. Accrocher dès la première phrase, couper le souffle à la dernière.

Mais rien de tout cela ne sers si le texte n’as pas de sens. Si entre les lignes on ne retrouve pas le vécu et l’engagement de l’auteur, et si à la lecture l’effet produit n’instruit pas le lecteur sur lui-même. On n’écrit jamais mieux que lorsque l’on a un destinataire, et l’écriture est un miroir.

Alors, souvent, j’écris en vain. Je laisse aller mes mains sur le clavier une heure ou deux, puis laisse reposer le texte une semaine au moins. Je relis, critique, efface, change, réécrit. Rare sont les textes qui survivent à ce traitement. De l’idée à germé un écrit, un développement, puis le texte à réduit, taillé dans sa chair, jusqu’à ce qu’au final il ne reste plus que l’idée. Et je vais ainsi, inspiration, expiration, en vain, ou presque, car écrire c’est aussi vivre.

Et peu importe ce qu’il en reste au final. C’est le voyage qui compte.

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